Avec cette ribambelle de défaites, nous passons par toutes les étapes du deuil avec le XV de France : le déni, la colère, la négociation… et prendre la plume relève donc d’une vertu cathartique (attention aux entorses du cerveau). Nous avons essayé d’analyser la situation avec autant de clarté qu’un passionné peut avoir, avant de trouver des solutions, des plus probables aux plus loufoques. Un article « thérapie » en 2 parties. Aujourd’hui : le constat. Il est sévère mais il est juste. L’équipe de France de rugby est à la dérive.

LA SITUATION: UNE DESCENTE AUX ENFERS POUR LE XV DE FRANCE

Depuis 2010 et sa dernière victoire dans le tournoi des six nations, ou 2011 et cette inespérée finale en Nouvelle Zélande, le XV de France n’en finit plus de dégringoler, atteignant aujourd’hui un bien triste dixième rang mondial. Des “défaites encourageantes”, aux prestations indigentes, au manque cruel de réalisme/chance/réussite (rayez la mention inutile), ces Bleus nous font souffrir. Même si, de plus en plus rarement il est vrai, une prestation enthousiasmante vient nous titiller. “Ça y est! Philippe/Guy/Jacques a trouvé la bonne formule!”. L’embellie ne dure jamais bien longtemps pour laisser place à un marasme désormais habituel.

“Ils ont touché le fond” contre l’Italie dans le Tournoi, d’abord en 2013 (23-18) face aux Blacks futur champions du monde en ¼ de finale de la coupe du monde 2015 (62-13), ou bien encore contre le Japon (23-23), sans oublier la défaite historique contre les Fidji (21-14). On ne parlera même pas des tournées dans l’hémisphère Sud.

Alors qu’on les pense incapables de nous décevoir davantage, les Bleus innovent encore et toujours dans la défaite, en perdant des matchs déjà gagnés : Irlande (13-15, 82e), Afrique du Sud (26-29, 85e) Pays de Galles 24-19, 16-0 à la mi-temps). Le constat et les faits sont terribles. Cette belle équipe d’Angleterre, n’a pas eu à forcer son talent pour corriger les hommes de Jacques Brunel.

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Le regard de Morgan Parra …

XV DE FRANCE, DU BEAU MONDE SUR LE BAN DES ACCUSÉS

Tout a été dit ou presque sur les causes de cet échec.

Accusé Top 14, levez-vous !

  • Notre championnat ne fait pas la part assez belle aux jeunes talents, c’est une évidence;

  • Trop de matchs;

  • Niveau, style et rythme de jeu qui sont trop éloignés des exigences internationales:

Accusé FFR, levez-vous !

  • la formation serait-elle défaillante ?

  • Les situations de doublons ubuesques

  • Perte de licenciés,de spectateurs et d’identité (image ternie)

On pourra aussi rajouter, pêle-mêle:

  • Une génération entière de joueurs éclipsée par des stars venues des antipodes

  • Ces stars qui logiquement prennent l’initiative en club (tactique, gestion du match, leadership au sens large), laissant nos internationaux orphelins et sans repères une fois en sélection;

  • La même génération sacrifiée sur l’autel du “tout muscu”, ou comment la préparation physique est devenue pendant 10 ans prépondérante sur la technique et la vitesse.

A vouloir copier les puissants anglo-saxons des années 90 et 2000, nous en avons oublié notre identité de jeu et ce qui faisait notre force: (et non je ne parle pas du French Flair) combat bien sûr, mais aussi vitesse, intelligence et roublardise.

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Une photo sponsorisée par la Fédération Française de la Lose

Les entraîneurs ont beau eu changer et l’effectif  tourner ( 58 joueurs en un an !!), la dynamique reste la même. Consciente de cette situation catastrophique, la FFR a pourtant pris quelques mesures:

  • Temps de préparation pour les fenêtres internationales plus long;

  • Moins de temps de jeu pour les internationaux;

  • Instauration d’un quota de joueurs JIFF (15 minimum sur la feuille de match) en Top 14, avec retrait de points au classement final pour les clubs n’ayant pas respecté la règle.

Ces réformes avaient pour but respectivement:

  • De ne plus être désavantagés par rapport aux autres nations qui disposaient d’un temps supérieur pour se préparer ensemble

  • De laisser un temps de repos suffisant, afin que les joueurs n’arrivent pas “cramés” en sélection;

  • De favoriser l’éclosion de jeunes talents pouvant jouer en bleu, et repeupler le vivier de joueurs éligibles.

Ces mesures nécessaires n’ont malheureusement pas (encore?) porté leurs fruits. La dernière d’entre elles notamment qui vient juste d’être appliquée. Si l’on voit plus de jeunes Français fouler les pelouses des stades du Top 14 (et de ProD2), les postes à responsabilité et/ou de titulaire restent l’apanage des stars étrangères. Il faudra certainement quelques saisons de plus afin de voir les effets de ce règlement. Alors une fois ce constat accablant dressé, que nous reste-t-il à faire ? Demander à être réintégrés au tournoi B ? Continuer encore et encore à trouver des excuses et des motifs de satisfaction fumeux ?

Le temps des demi-mesures est derrière nous. On sort l’artillerie lourde et nos dix propositions choc pour sortir le XV de France de sa torpeur. Un peu de patience, la deuxième partie de notre article (et les solutions) arrive demain !