Quand le rédac’ chef m’a demandé de prendre la plume pour écrire un petit billet sur la mort tragique de Christophe Dominici, j’ai tout de suite accepté. Quelle immense tristesse tous les amoureux du rugby ressentent depuis Mardi.

À titre personnel, j’ai connu deux clubs en commun avec lui, La Valette et le Stade Français. Mes premiers matchs à Mayol, je les ai vus avec Domi sur le pré. Sa première sélection face à l’Angleterre début 1998 dans le tournoi (premier match du XV de France au Stade de France) je l’ai vu chez un copain de La Valette (les papas s’étaient faits une belle gamelle et les gamins jouaient à Jonah Lomu sur PlayStation). Toute la région était si fière de ce joueur.

Au Stade Français je l’ai « côtoyé » au même titre que les autres joueurs vu qu’à l’époque les entraînements de l’école de rugby prenaient place à Jean Bouin à l’issue de l’entraînement des pros. Bref, pour ces raisons il est un joueur qui a profondément marqué mes jeunes années de rugbyman. Après tout, ce n’est pas tous les jours qu’on a été entraîné par le même entraîneur qu’un international !

Christophe Dominici était un joueur exceptionnel. Un de ceux qui nous a fait le plus vibrer, notamment en Coupe du Monde, en bien comme en mal d’ailleurs. On préfère retenir ses cavalcades de 99 contre la Nouvelle-Zélande (essais de Dominici et Lamaison) plutôt que son crochepatte sur Jason Robinson (un autre génie au profil similaire) en 2003.

Avec Shane Williams, ils représentaient la résistance du rugby qui faisait la part belle à la vitesse et aux appuis plutôt qu’aux kilos. Le rugby des années 2000 (et une bonne partie des années 2010) était faut-il le rappeler obsédé par la condition physique et la masse musculaire.

Et Christophe Dominici a été une victime de ce rugby en voie de professionnalisation. En faisant des vérifications pour l’écriture de ce billet, je suis retombé sur un interview datant de 2001.

Pour Libération, il revenait sur sa dépression de l’automne 2000. « Je suis professionnel de rugby d’abord, avec toutes les exigences que cela comporte. Le foot a mis un demi-siècle à faire sa révolution, nous on veut y arriver en trois ou quatre ans, il y aura forcément des dégâts » analysait-il à l’époque.

Ses frasques récentes (le message à Guy Novès, une plainte déposée contre lui pour vol et violences en juillet dernier ou encore son intervention remarquée au Moscato Show) traduisaient-elles un profond mal-être ? Sans faire de psychologie de comptoir, il est autorisé de le supposer au vu de sa fin si déchirante.

À l’occasion du Movember, qui soutient à la fois la cause des cancers masculins (prostate et testicules) mais aussi la santé mentale masculine, il faut oser parler de ce qui reste trop souvent un sujet tabou, notamment dans le monde du sport professionnel, et surtout du rugbyEn plus de la compétition et de la pression inhérente au professionnalisme et à la médiatisation, le rugby cumule avec un culte assumé de la virilité. Ce dernier accentue probablement encore plus que dans d’autres sports ou dans la vie « civile » le tabou de la santé mentale.

Il n’est pas question de faire des reproches (et si ?) mais plutôt de placer le sujet sur la table et en finir avec ce tabou qui nous enlève des vies si précieuses. Si la fin tragique de Christophe Dominici peut servir à cela, ce serait un dernier beau crochet intérieur sur le destin.