Une fois n’est pas coûtume, je ne viendrai pas vous conter les énièmes péripéties du XV de France ou faire mes pronostics pour la prochaine compétition internationale de rouuuuguebi, mais bien vous parler de ballon rond. Et plus précisément du club que je suis avec passion depuis bientôt 20 ans, le Liverpool Football Club.  La question qui revient le plus souvent quand on est comme moi un bon franchouillard, rugbyman qui plus est, c’est pourquoi Liverpool ?

Tout a commencé pour moi un soir de mai 2001. Âgé d’alors 15 ans, j’ai découvert ce soir-là une équipe incroyable: Liverpool, opposé aux Espagnols d’Alaves en finale de Coupe UEFA. Le scénario incroyable mît en lumière quelque chose de peu fréquent à mes yeux. Cette équipe n’abandonne jamais. Liverpool remporte finalement le match 5 buts à 4, après moults rebondissements dignes des meilleurs épisodes de GoT.

J’ai alors commencé à suivre cette équipe d’aussi près que les moyens de l’époque permettaient. Telefoot pour les résumés de matchs de Coupe d’Europe et l’Equipe du Dimanche pour la Premier League.

Puis, en 2005, vint ce que les fans ont convenu d’appeler « le miracle d’Istanbul ». Liverpool affronte en finale de la Ligue des Champions, à Istanbul, le Milan AC des Maldini, Kaka, Pirlo, Gattuso, Seedorf et autres Shevchenko. Face à ces légendes, une équipe beaucoup moins brillante sur le papier, mais ô combien travailleuse. Le « fighting spirit » cher aux rugbymen irlandais, animait sans aucun doute cette équipe. Menés 3-0 à la pause, les Reds reprenaient espoir peu après le début de la deuxième mi-temps sur une tête magistrale de mon idole, Steven Gerrard. De façon incroyable, Liverpool réussissait à accrocher la prolongation avec 3 buts partout, puis finissait par l’emporter aux tirs au but.

Encore une fois, les Reds prouvèrent que quoi qu’il arrive, ils ne baisseraient jamais les bras. Un jeu direct, physique, dans la plus pure tradition anglaise collait parfaitement avec ma vision (un peu bourrin il faut l’admettre) du sport.

Et puis Liverpool, c’est aussi une Histoire. Il y a les (nombreux) titres bien sûr, tant en Angleterre qu’en Europe. Mais c’est aussi des personnages ( Bill Shankly, Bob Paisley, Kenny Dalglish), des légendes (Ian Rush, John Barnes, Steven Gerrard…). Des joueurs talentueux, je pense notamment à l’immensément sous-côté Steve MacManaman, mais surtout à des chiens de la casse qui ne lâchent jamais rien. Outre l’idole Stevie G, mes joueurs préférés se nomment John Arn Riise et Dirk Kuyt, deux piles électriques qui travaillaient sans relâche (et lachaient des cachous de 30m aussi).

Liverpool c’est aussi des rivalités, avec le voisin Everton (« the Bitters » qu’on pourrait traduire par « les rageux ») dont les stades sont distants de 800m, et Manchester United à 50 km (ManUre, le purin). Même si je vous l’avoue, la rivalité ne se vit pas de la même façon et avec la même intensité lorsque l’on n’habite pas sur les bords de la Mersey. Les années 1990 et surtout 2000 furent dures pour les fans des Reds, condamnés à voir les hommes de Sir Alex gagner encore et encore.

Le Club porte aussi en lui des tragédies le drame du Heysel, mais surtout celui de Hillsborough qui est très bien décrit dans le documentaire « Out of the Rain » diffusé sur Canal+ ces derniers jours. Cette injustice a été marquante pour une génération et fait partie intégrante de la culture du club. la flamme du souvenir et le nombre 96 (le nombre de victimes) figurent d’ailleurs toujours sur le maillot. Le slogan « Justice for the 96 » est repris presque aussi souvent que « You’ll Never Walk Alone ». Plus récemment, Sean Cox, un Irlandais fan des Reds, gravement blessé avec d’importantes séquelles par un hooligan romain lors du déplacement à Rome pour la demi-finale retour de Champions League 2018 a fait l’objet de collectes de fond et d’un engagement du club et des joueurs pour le soutenir.

Mais avant d’être un club, Liverpool c’est avant tout une ville. Ouvrière, libérale, portuaire. L’Equipe y a consacré un reportage long très bien fait qui explique comment la culture libérale voire contestataire (Liverpool a voté contre le Brexit) a influencé la culture du club. Et pour des millions de fans dans le monde, Liverpool reste avant tout la ville des Beatles. Ce ne sont pas les Fabulous Four qui ont composé « You’ll Never Walk Alone », l’hymne du LFC (si beau qu’il a été repris par Dortmund et le Celtic Glasgow).

Mais la musique est bel et bien partie intégrante de la culture du club. Avec des chants magnifiques comme « All round the fields of Anfield Road » (reprise du chant irlandais the Fields of Athenry) ou plus récemment les chants à la gloire de Mo Salah (« the Egyptian King ») ou Virgil Van Dijk (sur l’air de « Dirty Old Town ») les chants résonnent très fort dans l’antre d’Anfield. La tribune mythique, le Kop, est si emblématique qu’elle est devenue un nom commun. Anfield n’est peut-être pas la plus belle ambiance d’Angleterre en Premier League, mais dur de faire mieux  les soirs de grandes joutes européennes. Gigi Buffon, qui a pourtant roulé sa bosse, fait d’Anfield l’ambiance la plus impressionnante qu’il lui ait été donné de vivre, et la décrit en ces termes: « les chants résonnent si fort que pendant les 15 ou 20 premières minutes vous ne pouvez même pas vous entendre penser ».

Mais je crois que si j’aime autant Liverpool, c’est aussi que mes histoires d’amour en sport sont toujours compliquées; je supporte le XV de France, l’UBB (et Liverpool donc) je suis donc habitué à souffrir! Les « presque-titres » et les espoirs remis à « l’année prochaine, c’est la nôtre! » c’est la routine. Et avec Liverpool, autant dire que je suis servi.

Dominant l’Angleterre voire l’Europe de la tête et des épaules tout au long des décennies 70 et 80, le LFC ne gagne plus de titres de champions après la saison 1989/1990. Ils passent tellement près plusieurs fois que l’on parle bel et bien de malédicition.

Liverpool fc tu ne marcheras jamais seul football pyk
Fin de la malédiction pour Liverpool …

En 2009, c’est un gamin de 17 ans (Macheda) qui marque le but du titre pour Man United lors de son premier match en pro; en 2014, l’idole d’Anfield, le Skipper Gerrard commet la fameuse glissade « the Slip », face à Chelsea, qui les met en difficulté dans la course au titre, et perdent tout espoir après le nul concédé à Crystal Palace alors qu’ils menaient pourtant 3-0. Personne n’en voulut à Gerrard, mais ce fut clairement un événement marquant voire traumatisant, et déchirant pour son avant-dernière saison. D’autant plus que les fans rivaux s’en sont donnés à coeur joie, les mots choisis par le capitaine liverpudlien pour garder ses troupes sous pression après la démonstration de force face à Manchester City à domicile se retournant contre lui « This does not fucking slip now » (« on ne laisse pas ça nous glisser entre les doigts ») et devenant l’objet de moqueries. 2014 et « the Gerrard Slip » resteront une blessure pour tous les Reds, mais à mon sens plus parce que c’est arrivé au pire joueur possible, et au pire moment (juste avant son départ en 2015), mais l’équipe était en sur-régime cette année-là avec le duo Sturridge-Suarez qui marchait sur l’eau notamment.

L’arrivée de Jürgen Klopp marque un tournant dans l’attitude des joueurs, et Liverpool renoue avec une autre marque de fabrique, les campagnes européennes mythiques, et puis surtout des retournements de situation incroyables.

Après le « miracle d’Istanbul », il y eut un, puis deux miracles d’Anfield. Le premier en 2016 en demi finale retour de ligue Europa, durant laquelle, menés par l’ancien club de Klopp, le Borussia Dortmund, les Reds trouvent les ressources pour arracher la victoire qualificative. Et le deuxième en 2019 bien sûr, la remontada face au Barça (3-0 à l’aller au Camp Nou, 4-0 au retour à Anfield) avec le fameux « Corner taken quickly ORIGIIIII! » le quatrième but synonyme de qualification en finale du Belge Divock Origi sur un corner rapidement joué par Trent Alexander-Arnold.

2019 est une année pleine pour le LFC, avec un parcours presque parfait en championnat et une victoire ponctuée d’un parcours épique en Ligue des Champions. Mais je pense que chaque supporter des Reds, moi-même y compris, aurait volontiers troqué ce trophée pour celui de la Premier League. Liverpool concède le titre à Manchester City après quelques péripéties incroyables, un but (justement) refusé à Sadio Mané pour 5mm à l’Etihad Stadium, un but décisif marqué par Kompany (son premier tir cadré en dehors de la surface depuis 2013…) pour finir dauphin avec le plus grand nombre de points de l’histoire du championnat. Cruel, même si la performance de City (19 victoires de rang) est phénoménale.

Alors, quand après tout ce temps, ces désillusions, ces péripéties, Liverpool comptait 25 points d’avance avec 9 matchs restant, le titre semblait enfin promis aux hommes de Klopp. Ca y est, l’attente va prendre fin. La pandémie mondiale touche l’Europe et le championnat est arrêté. Les dirigeants évoquent la possiblité de déclarer la saison blanche. La panique s’empare des supporters car si les dernières déconvenues étaient indiscutables du point de vue sportif (aucune injustice arbitrale par exemple n’est avancée comme excuse), l’injustice serait trop forte au vu des attentes du côté de la Mersey. Plus de peur que de mal  finalement et Liverpool fut bien sacré, même si les conditions sont un peu un crève-coeur et le triomphe escompté ne fut pas total.

Mais qu’importent la forme, les record ou la foule. L’attente a pris fin, et avec elle, les supporters l’espèrent, une nouvelle ère de domination pour Liverpool.