Aurélien Collin c’est tout simplement le plus américain des français de la MLS. Ce robuste défenseur central est arrivé aux États-Unis en 2011 à l’âge de 25 ans. Avant de connaître le succès dans le Kansas, notre français a dû vadrouiller dans toute l’Europe. Formé en France à Reims puis dans le club de Sedan, il va ensuite connaître le centre de formation d’Amiens puis l’exil aux quatre coins de l’Europe. Il passera par l’Espagne, l’Écosse, la Grèce, le Portugal ou encore la Pays de Galles. Ce parcours mouvementé, beaucoup de joueurs le connaisse. Il faut parfois se retrouver dans les situations les plus délicates pour mieux rebondir et enfin connaître l’épanouissement. Après une saison aboutie au Vitoria Setubal, c’est bien aux USA qu’Aurélien Collin va enfin prendre son envol.

En MLS, Aurélien fait figure de valeur sûre. Un défenseur central d’expérience qui s’est fait un nom notamment depuis son passage couronné de succès au Sporting Kansas City. La cerise sur le gâteau : un titre de champion de MLS en 2013 et une finale d’où il ressort avec le statut de MVP. En 2016, il intègre le club des New York Red Bulls, son rêve. Une team qui s’appuiera sur le frenchie pour encadrer les jeunes promesses du club. Rencontre avec un joueur passionné et un homme engagé.

Grounds. : Tu as connu un bon nombre de club en Europe. Comment s’est présentée l’opportunité d’évoluer en MLS ?

Aurélien Collin : Je jouais au Portugal et, malheureusement, le club a eu des problèmes pour payer nos salaires. Un de mes coéquipiers a été contacté par des clubs américains qui cherchaient des défenseurs centraux. L’idée m’a de suite plu. Le coach est alors venu me voir jouer au Portugal. Mon profil lui a plu et j’ai rapidement signé un contrat avec le Sporting Kansas City.

As-tu hésité avant de faire le choix de l’exil en Amérique ?

Je n’ai pas hésité une seconde ! Aux États-Unis, même si le football est en plein développement, il y a une vraie culture du sport. Les installations ont fini de me convaincre. Le stade était magnifique et souvent plein, comme les installations d’entraînement qui sont de très haut niveau. Dans un pays de football très jeune, on trouve un encadrement très professionnel. J’ai trouvé un cadre de travail que je n’avais pas connu dans les clubs européens pour lesquels j’avais joué. J’avais besoin de cette stabilité. Aussi bien sportive que financière. Les USA, c’était l’idéal pour continuer ma carrière.

Tu appelles ton expérience en Europe, « tes voyages ». L’apprentissage de la vie de footballeur pro a été rude ?

La vie d’un footballeur est très riche mais il ne faut pas avoir peur de partir. N’ayant pas eu ma chance en France, j’ai du partir à l’étranger très tôt pour avoir des opportunités. Grâce à ça, j’ai pu jouer en tant que joueur professionnel en Espagne, en Grèce mais aussi en Écosse et au Portugal. J’ai connu de très belles expériences. Le plus dur reste les sacrifices et les combats que l’on mène durant les années en centre de formation. Après ça, la vie de footballeur est grandiose.

Aurélien remporte la MLS Cup avec Kansas City en 2013. En prime, il est élu MVP de la finale.

AURÉLIEN COLLIN, LES ÉTATS-UNIS COMME TERRE D’ACCUEIL

Quel est ton regard sur l’évolution du soccer aux USA ? En 6 ans, comment le jeu en MLS a évolué ?

Le jeu physique, le jeu à l’anglaise, c’était la norme quand je suis arrivé aux États-Unis. Mais maintenant les influences européennes et sud-américaines font évoluer les mentalités vers plus de technique et de jeu. Le jeu en Amérique du Nord reste tout de même tourné sur le mouvement et le jeu en profondeur. Ça rend le jeu parfois brouillon. Mais certains clubs comme les New York Red Bulls cherchent à pratiquer beaucoup de jeu. La MLS est un championnat très compétitif malgré l’absence de descentes et de montées.

Tu as évolué dans le Kansas durant 4 ans. C’est historiquement une terre de basketball et de football américain. Le succès de Kansas City en MLS a fait évoluer les mentalités ?

Les trophées (US Open Cup en 2012 et MLS Cup en 2013) ont changé les regards sur le soccer. Aujourd’hui, à Kansas City, tout le monde connaît le club. Mais dès 2011, le stade affichait complet à chaque match. Une belle et grande expérience d’avoir fait parti de l’avènement du soccer au Kansas.

La MLS se développe en misant toujours sur les stars mais les clubs font aussi la part belle aux jeunes pousses. Que penses-tu de cette méthode ? L’avenir de la MLS n’est-il pas dans la formation ?

Je pense vraiment que l’avenir passe par la formation. Mais ici le processus de formation d’un jeune footballeur est plus long. Les jeunes américains sont performants autour de 24/25 ans quand un européen peut intégrer l’effectif professionnel à 18 ans. Il y a encore des changements à opérer au niveau des universités notamment. Il faudrait apporter plus de compétitivité mais je sais que les mentalités évoluent dans ce sens pour se mettre au niveau du football américain et du basketball.

L’arrivée des stars reste indispensable. Après, même une star doit travailler et se battre. Ceux qui ne l’ont pas fait ont échoué. Mais la vraie réussite de la MLS, c’est de voir des jeunes qui signent dans les grands clubs européens comme la Juventus ou Barcelone. Les USA ont un potentiel énorme sur la jeunesse. L’avenir de la MLS s’annonce radieux et je pense que ce championnat deviendra une référence mondiale avec un multi-culturalisme qui enrichit chaque jour cette ligue. Un mélange qui donne de très beaux joueurs de football. Il faudra avoir un œil attentif sur la sélection américaine pour les Coupes du Monde 2022 et 2026. Ils ont les moyens d’être hyper compétitifs.

Aurélien sous le maillot des New York Red Bulls.

Nous avons commencé une série d’articles sur le parcours aux USA du jeune Florian Valot qui vient de signer professionnel avec les Red Bulls. Que peux-tu nous dire sur lui ?

Florian Valot et Vincent Bezecourt sont le reflet parfait de ces jeunes footballeurs qui échouent en France mais qui ont trouvé la réussite en quittant le pays pour venir aux USA. Oser partir, c’est vraiment le conseil que je peux faire aux jeunes footballeurs en échec. En France, il y a énormément de jeunes talents qui ne percent pas. Les université américaines ont beaucoup de places à offrir pour les jeunes français avec l’obligation de passer un diplôme. Et en bonus, il y a une draft chaque année qui permet à des joueurs issus d’universités de signer des contrats professionnels.

Aujourd’hui, je suis très fier de Florian. Il peut vraiment être un symbole positif pour tous les footballeurs français qui veulent tenter l’aventure américaine. La vie de footballeur en MLS mérite d’être connu. Les stades pleins (l’affluence moyenne est meilleure qu’en Ligue 1), les installations et les bons salaires sont des arguments importants. Comme le football est en plein développement ici, il y a encore des places à prendre.

Le club des Red Bulls de NY est un des plus grands clubs de MLS et l’un des plus structuré aussi. C’est une chance formidable pour toi. Tu évolues avec des français, notamment Damien Perrinelle, c’est un point qui a compté dans ton choix ?

Quand mon agent m’a fait part de l’intérêt des NYRB en 2016, j’étais très heureux. Il y avait alors Ronald Zubar et Damien mais ce n’est pas pour ça que je suis venu à New York. Depuis que je suis aux États-Unis, je rêve de pouvoir évoluer dans ce club. Je n’ai pas hésité une seconde et aujourd’hui j’y suis bien. La philosophie du club me convient vraiment.

Le New York Red Bulls sont très réguliers mais jamais vainqueurs. Que manque-t-il à cette franchise pour franchir un palier comme Los Angeles ou Toronto ?

Gagner des titres ! Le Galaxy de Los Angeles est devenu une grande franchise en ramenant des trophées. Toronto c’est différent. Ce n’est pas encore une grande franchise. Ils ont mis beaucoup de moyens pour avoir de très bons joueurs. Le club a grandit très vite.

Les Red Bulls sont une grande franchise. Mais qui a changé de politique après le départ de Thierry Henry. Aujourd’hui, la franchise mise plus sur les jeunes donc c’est plus compliqué de gagner des titres. Mais sur le long terme, les New York Red Bulls se construisent un grand avenir en MLS.

Vous jouez les 8èmes de finale de la Ligue des Champions CONCACAF. Quelles sont les ambitions du club dans cette compétition ? (Ils jouent leur 8ème de finale retour vendredi contre Olimpia, un club du Honduras).

L’objectif du club cette année est simple. Nous voulons gagner un titre. Ce serait dingue de gagner la CONCACAF mais l’objectif principale reste la MLS Cup. Nous avons trop souvent échoué en finale ou juste avant. Maintenant il faut gagner des titres avec New York.

Aurélien avec un drapeau du Venezuela.

AURÉLIEN COLLIN, UN SPORTIF ENGAGÉ

Tu as affiché ton attachement au Venezuela qui est englué dans une crise sans précédent. Peux-tu nous expliquer ce qu’il se passe dans ce pays qui t’es cher ? « 

Le Venezuela, c’est mon combat. » Aurélien Collin

La situation du Venezuela est compliquée. L’économie du pays repose sur le pétrole. Avec Chavez au pouvoir, les pauvres recevaient de l’aide et un soutien. Malheureusement, le cours du pétrole s’est effondré et la situation devient catastrophique. Le Venezuela, sous l’impulsion de Maduro, se positionne comme étant anti-américain. Ils refusent toutes aides de l’état américain mais aussi de la Croix Rouge. Le pays produit très peu donc les gens meurent de faim. C’est vraiment le chaos là-bas. Avec ma femme (elle est vénézuelienne), nous y allons chaque année pour les vacances. C’est important pour nous.

On parle souvent des footballeurs un peu déconnectés de la réalité. Tu prouves qu’il n’en est rien pour toi. En plus de la situation intenable du peuple vénézuélien, as-tu d’autres combats ?

Le Venezuela, c’est mon combat. Ce pays et ce peuple sont magnifiques. C’est essentiel pour moi de les aider.

Tu es français mais il se dit que tu pourrais évoluer avec la sélection vénézuelienne dans peu de temps. Tu peux nous en dire plus ?

J’ai acquis la nationalité vénézuélienne par le mariage. Aujourd’hui, je me sens aussi bien français que vénézuélien. Et pourquoi pas porter le maillot de la sélection un jour !

Tu connais bien les USA maintenant, qu’est-ce que tu aimes le plus dans la vie américaine ? Quelle serait ta définition de « l’american way of life » ?

Les gens jugent très peu en réalité. À partir du moment où tu peux apporter quelque chose, tu peux réussir dans ce pays. L’histoire des États-Unis est encore toute jeune. C’est pour cela qu’il y a autant des opportunités. Tout le monde peut réussir. C’est le rêve américain !

Après 4 ans, dans le Kansas, tu joues maintenant pour New York. C’est une ville à part aux USA. Comment le ressens-tu ?

Kansas City, c’était une vraie expérience de la vie américaine dans une « petite » ville. Ensuite, j’ai complètement changé d’environnement à Orlando. Là, c’était la Floride avec le soleil et les palmiers. Une ambiance de vacances tous les jours. Et aujourd’hui, je suis à New York. Étant parisien, c’est la ville qui me rapproche le plus de Paris. La France me manque beaucoup donc ça fait du bien de retrouver un peu Paris ici. C’est la plus belle ville des USA pour moi.

Aurélien salue les supporters après un match au Yankees Stadium.