Quand tu joues à Madden sur ton canapé, certains décident de travailler comme des acharnés pour vivre leur rêve américain canadien ! C’est le cas de Benjamin Plu, l’ancien Wide Recever des Black Panthers de Thonon, drafté par les British Columbia Lions au Canada.

Talentueux, ambitieux et travailleur, le frenchie a intégré la Canadian Football League avec la ferme intention de se faire une place au soleil chez les Lions ! Rencontre avec un jeune homme passionné de football américain qui sait parfaitement ce qu’il veut.

Grounds. : Salut Benjamin ! Peux-tu te présenter pour les lecteurs de Grounds ?

Benjamin Plu : Bonjour, je m’appelle Benjamin Plu,  j’ai 25 ans et je suis originaire du Mans. Cela fait bientôt neuf ans que je fais du football américain. Dans mon parcours, j’ai toujours souhaité progresser. Ce sont les structures de la section sportive scolaire du Mans et le Pôle France d’Amiens qui m’ont formé.

G. : Tu joues au poste de Wide Recever. Quel est la particularité de ton poste ?

BP : La particularité du poste de Wide Recever est qu’elle mélange à la fois vitesse, agilité et force. Le principal rôle du receveur est de réceptionner les ballons envoyés par le Quarterback et de bloquer à la course. Selon les concepts, il doit se démarquer sur des tracés de passes longues ou courtes.

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Benjamin Plu, élu meilleur joueur du match lors de la dernière finale du Championnat de France remportée par les Black Panthers de Thonon.

G. : L’an dernier tu as tout gagné avec les Black Panthers. Que retiens-tu de cette saison ?

BP : Ce que je retiens de la saison dernière c’est que nous avons créé un groupe soudé qui a travaillé fort à la fois sur le terrain et hors du terrain (musculation, meeting, team building) grâce au travail de l’organisation des Black Panthers, de coach Hippo et du coach Maxime Dupuy (actuellement coordinateur défensif au collège Champlain-Lennoxville).

Nous restons tous en contact régulièrement d’ailleurs. Ce fut une année décisive pour moi. J’ai vraiment pû me concentrer sur ma préparation et mon football. Je suis vraiment content du titre. C’est mon premier titre de Champion de France.  Souvent dans le sport on s’entraîne pendant des années pour ne rien gagner mais il ne faut rien lâcher.

LES FRANÇAIS DÉBARQUENT EN CANADIAN FOOTBALL LEAGUE

G. : Peux-tu nous parler des combines et de la draft en Canadian Football League ?

BP : Tout d’abord, lors du combine, on ne savait pas officiellement que l’on serait drafté. Le nouveau règlement n’était pas encore officiel et on devait faire avec. Le combine c’est donc un combiné d’épreuves de vitesse et de déplacement (40y/T-test/L-test/saut vertical et horizontal), de force (max rep a 100kg au développé couché). Ils prennent nos mensurations aussi, un test de QI, des oppositions en 1 contre 1 selon les postes et comme il s’agit du monde professionnel nous avons des entrevues (comme un entretien d’embauche). Tout se déroule en anglais. Puis plus tard selon les tests les équipes repêchent les joueurs qu’elles souhaitent garder.

G. : Comment on gère cette pression de chaque instant ?

BP : Le combine était stressant car ça allait très vite. Tout s’est déroulé sur 3 jours à Toronto. On était 4 français et on avait la chance de se connaître du football. On s’est dit « ok le combine on le fait ensemble, on sera pris tout les 4 » alors qu’officiellement on était des concurrents mais on s’est soutenu. Il y avait aussi la FFFA (fédération française) qui nous aidait sur place.

Il ne faut penser qu’à une épreuve à la fois et accepter de passer à la suivante si l’on se loupe sur une. D’ailleurs, avec le stress, j‘ai loupé l’épreuve où je suis le plus à l’aise, celle du 40 yards. Je me suis repris directement derrière. Il faut gérer aussi les temps d’attente entre chaque passage et ne pas se blesser.

G. : Avec le recul, comment tu analyses le combine ?

BP : Ce fût une expérience enrichissante et on apprend beaucoup sur soi-même dans ce genre de situation. Il fallait aussi garder une bonne attitude, d’un simple regard les recruteurs peuvent savoir si tu es fait pour ce métier ou non.

G. : Parles-nous du jour de la Draft ? Une folie ?

BP : Un mois après on a eu la draft qui était en ligne sur le site de la CFL. Nos noms apparaissaient en live. L’attente était longue sachant que j’ai vu les gars être drafté avant moi. Valentin Gnahoua qui est l’un de mes meilleurs amis a été le premier choix, drafté par les Tiger-cats d’Hamilton, j’étais vraiment content pour lui. Puis Asnnel Robo a été le 3ème choix aux Alouettes de Montréal (il est maintenant avec les Stampeders de Calgary). Maxime Rouyer le 4ème choix pour les Eskimos d’Edmonton.

À ce moment là c’est déjà fou, il y a 4 tirages et 3 français dedans. Et vient le 7e choix … j’ai été drafté par les British Columbia Lions. C’est fou de se dire qu’on l‘a fait. Les équipes appellent, la famille aussi. C’est vraiment un bon moment. Et puis il faut se tenir prêt pour le camp.

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G. : Tu a été drafté par les BC (Bristih Columbia) Lions au Canada. Comment as-tu vécu ce moment ?

BP : Avoir été drafté par les BC Lions est pour moi quelque chose qui m’a beaucoup touché. J’ai passé beaucoup d’année dans différentes structures à m’entrainer. J’ai souvent fait du football ma priorité et j’ai rencontré quelques galères comme des blessures ou des cuts, notamment en Equipe de France. Ça permet de garder les pieds sur terre. Ce n’est jamais facile et il faut accepter de travailler sur soi-même.

J’ai eu la chance d’être bien entouré. Je remercie encore Charles Paviot et Abed Belkhous qui ont été les premiers à me soutenir. Être drafté par une équipe professionnelle dans la deuxième ligue mondiale me fait repenser à tout ça. C’est pour moi une consécration même si le parcours est encore long.

G. : Qu’est-ce qui t’as le plus surpris lors du mini-camp ?

BP : Ce qui m’a le plus surpris lors du mini camp est l’intensité et la complexité du cahier de jeux. Il faut s’adapter très vite. Lors des meetings, le coach des receveurs a vraiment pris le temps de faire en sorte que l’on s’adapte au cahier de jeux ca a été un plus.

On s’entraîne 2 fois par jour et il y a la musculation aussi. C’est intense. Il faut surtout rester constant et ne pas faire d’erreur mais aussi garder une bonne attitude. On est jugé en permanence.

G. : Comment se passe la suite ?

BP : Puis vient le camp et les vétérans nous rejoignent et ça augmente encore l’intensité. Le cahier de jeux devient plus complexe ca devient notre livre de chevet (d’ailleurs il en est aussi épais). En tout, le camp dure environ 4 semaines avec 2 matchs de préparations. Il faut donc géré sa santé et son sommeil. Après chaque pratique, nous avions des kinés à disposition et aussi des bains chauds / bains glacés pour la récupération.

G. : C’est la première année que des européens peuvent participer à cet évènement. Comment avez-vous été accueilli par les nord-américains ?

BP : On a été mis à l’aise directement ! Ils ont fait en sorte que l’on ai tout ce qu’il faut à disposition et qu’on l’on soit au courant du déroulé des épreuves. Ainsi on pouvait ne penser qu’au football.

Après la draft quand je suis arrivé à Vancouver, j’ai tout de suite été accueillie par le staff, j’ai visité les structures, récupéré le matériel qu’il me manquait. Les autres joueurs m’aident aussi quelques fois quand je ne comprend pas tout. Je n’ai pas à me plaindre.





BENJAMIN PLU : LE FOOTBALL AMÉRICAIN POUR TRAVERSER L’ATLANTIQUE

G. : En jouant en France, tu penses que tu es bien préparé pour intégrer une ligue comme CFL ?

BP : Il faut savoir que la CFL est la deuxième ligue mondiale, alors forcément le niveau n’est pas le même qu’en France. Il faut savoir bien s’entourer pour se préparer. Les structures de haut niveau m’ont permis d’avoir une éthique de travail. Et mon année universitaire à McGill (Montréal) m’a permis de passer un cap et de vraiment progresser.

Puis j’ai été blessé et je suis rentré en France. Au Black Panthers de Thonon-les-bains, Maxime Dupuy s’est occupé de la préparation physique. Il a vraiment placé la barre haute. Ça a permis a beaucoup de joueurs de se développer. Yannick Vannasse m’a coaché en receveur aux entraînements et en extra-practice pour être prêt au Football Canadien. Avec ses connaissances et sa technique, il est aujourd’hui coach des WR à l’Université McGill.

Je pense qu’en jouant en France dans les bonnes structures, ça ouvre les portes pour le plus haut niveau outre-Atlantique. On a de nombreux athlètes performant capables du meilleur. Pendant des années on te donne l’impression qu’être professionnel dans le football américain ne restera qu’un rêve. Je pense que les mentalités vont changer. D’ailleurs il faut voir la performance de l’équipe de France qui domine l’Europe. Les joueurs sont de plus en plus dominants.

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Benjamin Plu à l’entraînement avec les BC Lions.

G. : La CFL est une ligue bien structurée. Est-ce aussi le cas pour le centre d’entraînement des Lions ?

BP : Bien sûr ! Chaque équipe agit de manière différente mais chaque structure se doit de garder un niveau d’exigence élevé. Il y a 4 entraînements de 2h a 2h30 par semaine. Mais aussi 2h de meeting où l’on analyse la vidéo et où l’on voit les schémas. Chaque entraînement est filmé que ce soit les individuels, les oppositions, les spécial teams, les teams. On se doit de corriger les erreurs pour être le plus constant possible. Il y a aussi 3 séances de musculation obligatoire par semaine et des conditioning pendant les pratiques.

G. : Quel est le niveau d’exigence (technique et physique) ?

BP : Il faut être précis sur ses tracés (les lignes de courses), avoir les bons releases, attraper tous les ballons et surtout ne pas faire d’erreur d’assignation. Comme dans tout métier tu ne peux pas répéter les erreurs sinon ils se séparent de toi !

G. : Quel est ton statut actuel avec les BC Lions ?

BP : Je suis officiellement dans l’équipe mais il faut savoir que l’équipe se compose de différentes parties. Il y a le roster actif, ce sont les joueurs qui jouent les matchs. Le practice roster, ce sont les joueurs susceptibles de jouer les matchs mais qui ne sont pas encore équipés. Et l’injury list (les joueurs en soins).

G. : Dans quelle team es-tu alors ?

BP : Actuellement je suis dans le practice (entraînement) roster. Lors des entraînements, on est principalement sur scout team, c’est à dire qu’on entraîne les défenses et les équipes spéciales. ça demande beaucoup de travail car il faut performer pour être dans une équipe. Les jours de matchs, le matin on a des extra-practices également. Il faut rester prêt car à tout moment on peut remplacer un blessé ou si on est plus performant qu’un autre alors on passe dans le roster actif.

G. : Comment envisages tu les prochains mois ?

BP : Mon objectif est d’être dans l’équipe actif avant la fin de la saison. J’ai de bon retour et je profite de chaque entraînement pour apprendre.

LE CFL Combine 2019 de Benjamin Plu / Léo Sarteel derrière la caméra !