Impossible de parler de basketball 3×3 en France sans s’intéresser à Angelo Tsagarakis et Charly Pontens. L’histoire commune de ces deux-là commence sous les couleurs de Boulogne-sur-Mer. Mais ce n’est que le début. C’est avec le maillot tricolore qu’ils vont écrire l’une des plus belle page de l’histoire du basketball 3×3 français. Aidés par Dominique Gentil et Charles-Henri Bronchard, ils décrochent la médaille de bronze à la Coupe du Monde de 3 contre 3 en 2017. Performance historique pour la France dans une discipline en plein essor.

Cet interview croisée, c’est aussi la passage de relai entre une légende du basketball 3×3 français, Angelo, qui vient d’annoncer sa retraite et l’avenir de cette Équipe de France, Charly, qui a des rêves de Jeux Olympiques plein la tête. Un plaisir total de pouvoir interviewer ces deux talentueux du basket français et surtout deux grands noms de la scène basketball 3×3 internationale.

Grounds. : Bonjour Angelo & Charly, pouvez-vous vous présenter pour les lecteurs de Grounds ?

Angelo Tsagarakis : citoyen franco-grec, de maman française et de papa grec. Je suis basketteur professionnel depuis 11 ans et désormais investisseur providentiel et entrepreneur. Également ancien international Français Juniors, U-20 et 3×3 Seniors (De 2012 à 2019). J’ai annoncé ma retraite internationale il y a maintenant presque un mois.

Charly Pontens : Originaire de Mérignac, j’ai 23 ans et je suis basketteur professionnel depuis mes 18 ans essentiellement dans le championnat de Pro B. Je joue actuellement à l’ADA Blois pour ma 3ème saison consécutive. Nous avons été champion de France Pro B l’an dernier avec ce même club. Nous ne sommes pas montés pour raisons administratives, c’est dommage. Mon premier titre de Champion de France Pro B fut ma 1ère année avec le SOM Boulogne et un certain Angelo Tsagarakis dans l’équipe !

Je joue aussi au basketball 3×3 depuis 2012, alors en -18 ans Richard Billant nous offre (joueurs de l’INSEP) la possibilité de découvrir cette discipline. Depuis, je continue chaque été et je réponds présent aux convocations Équipe de France s’il y en a. C’est toujours un plaisir !

basketball-3x3-france-angelo-tsagarakis

G. : Quel style de basketteur êtes-vous ? Quel est le joueur qui vous a fait aimer le basket ?

Angelo : Techniquement c’est plus aux autres de me décrire, non ? (Rires) Disons en toute simplicité que je suis un attaquant réputé avec une grosse adresse extérieure et une distance de shoot peu commune. Mon point faible, c’est le rebond…Je m’aventure peu dans la raquette !

Je ne dirai pas qu’il y a un joueur en particulier qui m’a fait aimé le basket, je suis tombé amoureux de cette discipline de manière globale très jeune et très rapidement, mais si je devais mettre un individu en avant, ce serait de toute évidence Michael Jordan… J’ai découvert le basket pendant l’explosion de la NBA à l’international au début des années 90: le premier three-peat des Bulls…la Dream Team… MJ c’est l’idole ultime. Le meilleur de tous les temps. 

Charly : Je ne sais pas quel type de basketteur je suis. Je sais que je n’aime pas QUE le basket. Certains diront que c’est un défaut, d’autres le contraire. Je m’intéresse à tout, parce que je pense que j’ai besoin de ce côté extra-sportif pour aussi trouver mon bonheur. Mon point fort ? Je dirai gagner. Pour ça, je ne me plains pas de mon début de carrière. Concernant le joueur, je réponds Kobe Bryant.

Angelo : Mais à un niveau plus personnel, Joey Vickery, un ancien international canadien d’1m77, shooteur incroyable qui affolait les compteurs en ProB lorsqu’il portait les couleurs de mon club formateur Poissy m’a énormément inspiré et influencé. Ceux qui ont pu le côtoyer attesteront du talent incroyable du monsieur. Et sa disponibilité et personnalité hors du terrain rendaient ses performances sur le terrain encore plus appréciables.

ANGELO TSAGARAKIS & CHARLY PONTENS, DEUX PASSIONNÉS AU SERVICE DU BASKETBALL 3×3 FRANÇAIS

G. : Quel est votre meilleur souvenir sur un parquet ? Et votre meilleur souvenir sous le maillot tricolore ?

Charly : Sur un parquet de basket, j’en ai beaucoup. Les deux titres de Champion de France Pro B avec Blois sont très beaux. L’un de mes meilleurs matchs à Belgrade pour l’Euroleague Junior avec l’INSEP l’est aussi.

Angelo : Les souvenirs, lorsqu’on possède une carrière riche, sont très très nombreux. Mais je dis toujours que mon plus grand souvenir reste et restera mon titre de champion départemental poussins en 95. C’est l’innocence même… l’amour du jeu à son état pur… le moment où l’on goûte à la victoire, à la réussite pour la première fois.  Le contexte familial était vraiment particulier pour ma famille et moi. Mon frère Alexandre ayant perdu la vie quelques mois auparavant. C’était un mélange d’émotions difficile à décrire. Ma sœur était dans les tribunes. C’était le premier match auquel elle assistait. On a fondu en larmes au buzzer final. J’en ai les larmes aux yeux en partageant cette anecdote.

Charly : Sous le maillot tricolore, je dirai la médaille de Bronze obtenue en 2017, à la Coupe du Monde 3×3 devant notre public à Nantes… Sans le public on finit 4ème c’est sûr, tout le monde était carbonisés mais l’avantage de jouer à domicile comme on dit ! Un partage, un beau résultat, tout cela était vraiment cool à vivre.

Angelo : Mon meilleur souvenir en bleu reste celui d’une aventure humaine et sportive incroyable pendant plus de 6 ans. L’apothéose reste bien entendu la médaille de bronze mondiale à Nantes en 2017 mais ce sont le chemin parcouru et le travail abattu pour y parvenir qui rendent l’aboutissement encore plus savoureux.

G. : Le basketball 3×3 est désormais un sport à part entière. Quel est l’aspect de cette discipline que vous aimez le plus ?

Charly : L’instinct de jeu. C’est très tactique, c’est très physique aussi. Je trouve que cette discipline développe beaucoup d’intelligence de jeu, de vices aussi. Après bien évidemment, le fait qu’il y ait peu de joueurs vous lie davantage et l’absence de coach pendant le match nous oblige à être autonomes.

Angelo : Tout à fait ! C’est une autre discipline… ça reste du basket mais ça n’a vraiment rien à voir avec le 5×5 qu’on connaît. Ce qui me plaît le plus dans cette discipline c’est la créativité qui l’incombe. On doit utiliser tout le répertoire des fondamentaux du jeu, et un esprit de duel résonne profondément dans le déroulement du jeu pendant un match. Le duel est permanent, autant offensif que défensif. L’intensité de jeu est incroyable, et dépasse largement ce que propose le 5×5. C’est beaucoup plus explosif au niveau du cardio. Il n’y a pas d’anaérobie active pour récupérer. Tout est dans l’intensité maximale mais sur une période plus courte.

G. : Pourquoi le 3×3 est si attractif en ce moment ?

Angelo : Le 3×3 est un bon complément au 5×5, car il est facile à mettre en place; les structures requises sont moindres et surtout il y cette liberté de jeu qui je pense en séduit plus d’un. Il n’y a pas d’entraîneur au bord du terrain pendant un match et les changements se font de manière autonome pendant une balle morte. 

Charly : L’apparition aux Jeux Olympiques de Tokyo (en 2020) du 3×3 est un coup de boost pour la discipline. C’est normal qu’on entende beaucoup parler du 3×3. Je crois que cette discipline peut trouver une belle place parmi les autres sports olympiques. C’est très spectaculaire, c’est rythmé, les matchs ne durent pas très longtemps. Seul le temps nous dira si cette discipline trouve vraiment sa place.

G. : Quel regard portez-vous sur l’entrée du basketball 3×3 aux JO 2020 de Tokyo ?

Charly : C’est une belle opportunité pour continuer à développer le basket en France. Cela va offrir la possibilité aux joueurs de choisir entre deux disciplines, mais autour d’un même sport, le basket.

Angelo : J’en suis absolument ravi. J’aime le basket sous toutes ses formes et le basket est le sport le plus complet et le plus attractif niveau spectacle à mes yeux. Le rugby s’est bien développé en parallèle avec le Rugby à 7… donc pourquoi pas le basket avec le 3×3 ! L’essor de cette discipline en peu de temps est impressionnant, et ce n’est que le début !

Charly : Médiatiquement, le fait que cette discipline soit entrée aux JO, ça donne du crédit au 3×3 qui n’est encore pas assez pris au sérieux en France. Dans les pays de l’Est, c’est déjà bien en avance ! Les serbes sont très bon au 5×5, ce sont aussi les meilleurs depuis quelques années en 3×3. Nous devons avoir la volonté de bien se positionner sur le plan international dans cette nouvelle discipline olympique.

G. : Participer aux JO en 2020, c’est un rêve ou un objectif fixé ?

Charly : Un rêve. Premièrement, il y a beaucoup de conditions pour que la France (je parle pour l’équipe masculine) soit qualifiée au JO 2020. Ensuite, il n’y a que 4 places dans l’équipe et beaucoup de monde peut y prétendre. Affaire à suivre.

basketball-3x3-france
l’Equipe de France médaillée de Bronze à la Coupe du Monde 2017 (Nantes, France)

LA COUPE DU MONDE DE BASKETBALL 3×3 2017, SOUVENIR INDÉLÉBILE POUR ANGELO TSAGARAKIS & CHARLY PONTENS

G. : Vous avez joué ensemble sous les couleurs de la France et de Boulogne-sur-Mer , quel est votre meilleur souvenir ensemble ?

Angelo : Je l’apprécie beaucoup, c’est un mec charmant hors du terrain mais qui possède une vraie grinta sur le terrain. Et partout où il passe il gagne ! Il possède le plus beau palmarès du basket 3×3 français avec toutes les médailles en jeunes qu’il a désormais accumulé. Avec les titres de champion de France Pro B à côté, l’armoire à trophée s’étoffe tous les ans ! (Rires) Notre campagne 2017 en Équipe de France ensemble restera unique, et nos échauffements d’avant-match légendaires. Pleins de beaux souvenirs !

Charly : Je reprends ce que je disais un peu plus haut. J’ai joué avec lui pour ma 1ere année professionnel au 5×5. Il s’est occupé de moi comme tout jeune qui commencé sa carrière professionnelle. Résultat : Champion de France Pro B avec Boulogne !

Je le retrouve en Équipe de France 3×3, lors de l’été 2017. A la base je n’étais pas forcément « prévu » pour faire partie de cette campagne 2017. Au final, on a partagé un été ensemble et on finit avec une médaille de Bronze autour du cou, chez nous en France devant notre public. Et cette médaille de Bronze c’est une aventure humaine avec Angelo, Dominique GENTIL et Charles-Henri BRONCHARD.

G. : Charly, que représente Angelo Tsagarakis pour toi et le basketball 3×3 français ?

Charly : Angelo c’était notre scoreur, notre shooteur, notre créateur. Il a fait une très belle Coupe du Monde à Nantes. Angelo c’est aussi l’importance du détail. C’est aussi quelqu’un de très intelligent. Le plus énervant ? Il parle à un étranger, il s’adapte à sa langue ; Anglais, Espagnol, Grec et bien sur Français.

G. : Angelo, tu as récemment pris la décision d’arrêter l’aventure 3×3 avec l’EDF. Pourquoi cette décision ? C’était impossible pour toi d’arrêter après les Jeux Olympiques ?

Angelo : La réussite, peu importe le projet, requiert une disponibilité totale et un investissement de chaque instant. Je suis arrivé à un moment dans ma vie d’hommes où des opportunités professionnelles se sont présentées à moi et j’ai dû faire un choix cornélien. Le fonctionnement du 3×3 diffère du monde professionnel 5×5… et pour vraiment se donner des chances de réussite il faut abandonner concrètement le 5×5 et autres projets professionnels pour se donner pleinement au calendrier chargé du 3×3.

La logistique impliquée dans cette idée requiert elle aussi beaucoup de sacrifices. Les serbes, les lettons ou les slovènes peuvent se le permettre, ou en tout cas c’est le chemin qu’ils ont choisi (sachant qu’aucuns d’entre eux avaient une carrière dans le 5×5). J’ai simplement décidé de mon côté de prendre un autre chemin.

G. : Terminer ta carrière de basketteur pro en Grèce c’était une évidence pour toi ?

Angelo : Cette finalité s’est créé d’elle-même… mais dès mon arrivée à Trikala ma première saison en Grèce, j’ai senti que j’avais pris la meilleure décision en ce qui concerne ma carrière professionnelle d’une part, mais également pour mon expérience de vie d’autre part. J’ai redécouvert mon métier ici, je me suis rapproché géographiquement de mon père, et je suis en immersion dans mon héritage culturel. Le championnat français a souvent du mal à apprécier ses talents locaux; il faut qu’ils s’expatrient pour qu’on commence à mettre en avant leurs qualités ou leurs belles carrières.

C’est culturel au final et c’est fort dommage. Dans ces conditions, un retour en France n’avait pas lieu d’être. Le championnat Grec est tout aussi fort si ce n’est plus que le championnat de France. Ici je joue, je m’exprime et je suis respecté. En France, la Pro A pendant longtemps n’avait aucun projet attrayant à me proposer alors qu’ici j’ai pu me frotter à certaines des meilleures équipes en Euroleague et faire des cartons contre des équipes de Coupe d’Europe (15 points contre Panathinaikos, 16 contre AEK, 19 contre PAOK, 18 contre Aris). J’aurai voulu pouvoir faire ça en France… mais au final, le faire sous le soleil grec n’est pas plus mal. (Rires)

G. : Charly, tu bénéficies d’un temps de jeu important cette année avec Blois. Parles-nous un peu de ta saison. Quels sont les objectifs de l’équipe et tes objectifs perso ?

Charly : C’est vrai que cette année mon temps de jeu a augmenté. C’est une saison compliquée, un début délicat ou nous avons eu du mal à gagner à domicile. Avec des blessures de joueurs majeurs qui viennent s’ajouter à cela. Ce début d’année est nettement meilleur, on a trouvé une stabilité dans l’intensité que l’on met dans nos matchs. Nous avons besoin d’impacter notre adversaire physiquement sinon on devient une équipe « normale » et ce n’est pas ce que nous souhaitons être, au vu de notre effectif.

On verra comment se passe la fin de saison mais bien sûr personnellement, je souhaite devenir plus constant sur le plan offensif afin de passer un palier. Finissons bien cette saison dans ce championnat très serré, ou la bataille pour les playoffs est déjà bien lancé on fera un bilan en fin de saison. N’oublions pas que l’an dernier fut une année exceptionnelle où ce club de l’ADA Blois a été Champion de France Pro B au bout de sa 2ème année dans cette division. Faire mieux me paraît difficile !

basketball-3x3-france