Dans le monde du ballon rond, le mois de Janvier ce sont des terrains boueux et gelés mais c’est surtout le mercato. La période des transferts si vous préférez. L’occasion pour certains joueurs de se relancer dans un autre club ou tout simplement de trouver un club. Nous avons eu la chance d’interroger le jeune Robin Maulun sur son passage aux Girondins de Bordeaux, son statut de grand espoir du club et la déception de ne pas avoir signé de contrat professionnel dans son club de cœur malgré quelques matchs en Europa League et en Ligue 1.

La vie d’un jeune footballeur est un parcours du combattant. Robin en sait quelque chose. Il était l’une des plus belles promesses de la formation girondine. Mais des blessures sont venues contrarier les plans de ce passionné de football. Il revient avec nous sur ces contre-temps. Aujourd’hui, il joue pour Trélissac en CFA, sans jamais perdre de vue son rêve : revenir au plus haut niveau.

Grounds : L’an dernier tu as joué la saison avec la réserve des Girondins de Bordeaux, après un « faux départ » en fin de saison 2016-2017. Quel bilan peux-tu faire de l’année dernière ?

Robin Maulun : L’année dernière a été une saison compliquée pour moi. Je pensais partir des Girondins de Bordeaux l’été dernier, puis je suis finalement resté. J’ai aussi été souvent embêté par des pépins physiques. Ce qui fait que je n’ai jamais pu réellement enchaîner les entraînements et les matchs. La saison a donc été plus compliquée que prévu.

Robin Maulun devant Younousse Sankharé en match de pré-saison

G. : Les observateurs des Girondins de Bordeaux sont tous d’accord pour dire que tu étais parmi les joueurs les plus talentueux de ta génération. Peux-tu nous expliquer quel profil de joueur es-tu ? Quels sont les joueurs qui t’ont inspiré en grandissant ?

Je suis un milieu de terrain avec un petit gabarit. Mes principales qualités sont ma qualité de passes ainsi que ma vision du jeu. Je suis un grand fan du jeu à la barcelonaise. J’adore redoubler les passes au milieu de terrain et faire courir l’adversaire après le ballon. Les milieux de terrain du grand Barça (Xavi, Iniesta, Busquets) sont évidemment des joueurs dont je m’inspire avec un style de jeu auquel je m’identifie.

G. : Les Girondins ne t’ont pas conservé à l’issue de la saison ? Quel est ton sentiment ? De la déception ou tu savais que c’était le moment de trouver un nouveau challenge ?

Je suis forcément déçu de mon passage aux Girondins de Bordeaux. L’objectif était de signer un contrat professionnel mais ça ne c’est pas fait pour diverses raisons. Il y a forcément un peu de frustration en quittant Bordeaux car c’est mon club, celui où j’ai fait ma formation, où j’ai franchi toutes les étapes. Mais d’un autre côté, je sentais que c’était le moment de partir, et j’ai maintenant envie de me dévouer à fond pour un nouveau challenge.

G. : Tu t’es entraîné avec les pros, tu as joué avec les pros il y a 2 ans, avec notamment un match d’Europa League et quelques matchs de championnat. Comment expliques-tu que le club n’a pas voulu miser sur toi avec un contrat longue durée ?

Je pense que dans mon cas, la blessure a joué un rôle important dans la décision du club de me faire passer professionnel ou non. Ma blessure à la cheville est arrivée au pire moment, juste après avoir joué en Coupe de la Ligue contre Monaco. Je commençais à faire mes débuts en professionnels et me sentais très à l’aise dans l’effectif professionnel. J’avais fait une excellente préparation estivale avec le groupe, en marquant même mon premier but chez les pros et en réussissant à gagner du temps de jeu avec l’équipe notamment en Europa League. Mon rétablissement a duré beaucoup plus longtemps que prévu et il y a eu entre temps le départ du coach Willy Sagnol avec qui je m’entendais très bien et qui était le coach de mes débuts. Je pense que ce sont des arguments qui ont pesé fortement dans le choix du club, même si je ne pense pas que ce sont les seules et uniques raisons.

G. : Tu as joué en Europa League à l’époque. Bordeaux alignait souvent des jeunes et des joueurs moins utilisés par le coach. Tu penses que c’est une bonne chose que les clubs français envoient de jeunes joueurs pour ces matchs ?

En effet, j’ai joué les barrages de l’Europa League et participé à certains matchs de poule notamment contre le Rubin Kazan. À titre personnel, ça m’a été bénéfique de jouer ces rencontres car je pense que ça m’a fait gagner beaucoup d’expérience. Ça m’a permis de découvrir ce qu’était le niveau européen en terme de rythme et d’exigence. Je pense vraiment que c’est une bonne chose pour les jeunes joueurs de participer à de telles rencontres.

Robin Maulun en Europa League sous le maillot des Girondins de Bordeaux

G. : Quelle est la différence la plus marquante entre les pros et la réserve ?

Je dirais que la plus grande différence se situe au niveau de l’intensité. Chez les professionnels, tout va plus vite, le rythme des courses, la circulation du ballon, la prise de décision. Forcément les joueurs sont meilleurs techniquement donc tout va plus vite. C’est vraiment un autre monde comparé à la CFA (Le Championnat de France amateur dans lequel évolue la Réserve des Girondins de Bordeaux).

Pour ce qui est de la préparation physique, il y a un gros travail qui est effectué en pré-saison, notamment sur le plan aérobie afin qu’on puisse être prêts dès le début du championnat. Pendant la saison, c’est plus de l’entretien surtout quand les matchs s’enchaînent tous les 3 jours.

G. : Quand on est sportif de haut niveau, être éloigné des terrains pour cause de blessure, c’est sûrement ce qu’il y a de plus frustrant. Peux-tu nous dire comment tu as appris à gérer ces mauvaises périodes ?

La blessure est sûrement la pire chose qui soit dans le sport. Ça t’empêche de t’exprimer et de montrer ce que tu vaux vraiment sur le terrain. Quand ça m’arrive, j’essaie de l’accepter et de comprendre pourquoi c’est arrivé. Pendant ces périodes, la meilleure des solutions est de ne pas trop y penser et de bien travailler sur la réathlétisation.

G. : Les blessures c’est du passé maintenant ?

En attendant de trouver un projet qui me correspond, je suis une préparation physique bien rythmée afin d’être prêt dès qu’on fera appel à moi. Et puis j’adore profiter de cette période sans entraînements pour pouvoir me développer physiquement. J’essaie de mettre toutes les chances de mon côté pour ne plus avoir de pépins physiques. Je me sens maintenant en pleine forme et en pleine possession de mes moyens.

G. : Quel est ton meilleur et ton pire souvenir avec les Girondins ?

J’ai beaucoup de très bons souvenirs aux Girondins. Quand j’y repense, les années à dormir au centre de formation avec tous les gars de l’équipe sont vraiment des souvenirs incroyables. Certains mecs avec qui j’ai passé ces années sont devenus bien plus que de simples coéquipiers et resteront de vrais frères. Au delà du foot, c’est une vraie expérience de vie qui, certes, est difficile à vivre car on est loin de sa famille et parce qu’on a pas la même vie qu’un adolescent « normal », mais qui vaut vraiment la peine d’être vécue.

Sur le plan sportif, je dirai que mon premier match en tant que titulaire avec l’équipe professionnelle en Europa League restera mon meilleur souvenir. Tout comme ma première sélection en Equipe de France restera aussi un moment fort de ma formation.

Pour ce qui est de mon pire souvenir, je garderai en tête que j’ai souvent été blessé ce qui m’a freiné dans ma progression.

G. : Parmi tous les dirigeants que tu as croisés dans ce club, lequel a le plus marqué ta formation ?

Beaucoup de dirigeants ont marqué ma formation aux Girondins. Ils ont tous réussi je pense à m’apporter quelque chose dans mon apprentissage. Si je devais en remercier un en particulier, je pense que ce serait Patrick Battiston, car il a toujours cru en moi, et a toujours réussi à tirer le meilleur de moi-même.

G. : Peux-tu nous dire le joueur avec lequel tu as évolué qui t’a le plus impressionné ? Lequel était le plus drôle ? Lequel était le plus bosseur ?

J’ai eu la chance de jouer avec beaucoup de très bons joueurs, aux girondins, comme en sélection. Malcom est un joueur qui a un talent énorme, je pense qu’il va faire une très belle carrière (il est actuellement en négociation pour signer à Arsenal en Angleterre). En sélection, c’est Kingsley Coman qui m’a le plus marqué par sa vitesse et ses dribbles.

Quant au plus drôle, je suis obligé de penser à Henri Saivet. Il avait toujours la petite blague pour déconner, toujours le sourire aux lèvres. Pour ce qui est du plus bosseur, je me souviens que Pablo était un joueur qui arrivait toujours une heure avant tout le monde pour bosser physiquement en salle. Un exemple.

G. : Comment gères-tu la pression des essais dans les clubs ?

Les essais sont toujours compliqués. Les entraîneurs recherchent des profils bien spécifiques, donc il faut d’abord correspondre au profil recherché. Ensuite il faut savoir montrer toutes tes qualités en seulement quelques jours ce qui n’est pas évident ! Je ne me mets pas de pression particulière quand je pars en essai car je me dis que si c’est le club dans lequel je dois jouer alors ça se passera forcément bien. J’ai quelques pistes pour le moment. Je m’accroche à mes rêves en continuant à travailler sans relâche afin de retrouver une structure professionnelle.

Toute l’équipe de Grounds est derrière Robin pour qu’il retrouve rapidement un club professionnel et ainsi montrer l’étendue de son talent. Nous avons porté chance à Anthony Scaramozzino qui joue aujourd’hui au Stade Lavallois. On recommence ?

Élégance et vision du jeu, les armes de Robin Maulun sur un terrain