Cette saison, le Stade Français Paris a eu la chance de faire signer un enfant de la capitale. Formé au Racing 92, Maxime Gau a baroudé dans toute la France du rugby avant de faire son retour aux sources cet été.

Ce première ligne polyvalent, maintenant fixé au poste de talonneur, se décrit comme un bon soldat et un coéquipier loyal. Ça tombe bien. En pleine reconstruction, le Stade Français Paris a besoin de joueur prêt à tout donner sur un terrain de rugby.

Rencontre avec Maxime, un guerrier sur le rectangle vert mais qui est resté simple et accessible dans la vie.

Grounds : Bonjour Maxime, pour nos lecteurs qui ne te connaissent pas encore, peux-tu te présenter ainsi que ton parcours ?

Maxime : Je vais avoir 27 ans en décembre prochain. Je suis originaire de Longjumeau, club dans lequel j’ai commencé le rugby pendant 1 an à l’âge de 6 ans, avant de partir vers l’école de rugby l’US Métro à Antony et d’y rester jusqu’en cadets. Ensuite je suis rentré au centre de formation du Racing Métro 92 pendant 3 ans puis j’ai été prêté durant ma dernière année de contrat espoir à Albi où j’ai ensuite enchaîné 3 années de contrat pro. Par la suite, j’ai été contacté par le club de La Rochelle où j’ai signé pour 2 saisons. Aujourd’hui, je suis un joueur du Stade Français Paris au poste de talonneur.

G. : L’an dernier le Stade Rochelais fait une saison fantastique mais malheureusement tu ne trouves pas ta place dans l’équipe et tu ne seras titulaire qu’à 3 reprises. Comment as-tu vécu cette saison ?

Maxime : Pour moi, cette saison fut compliquée. J’ai commencé par une titularisation lors du premier match puis je me suis blessé durant le 3ème match. J’ai alors passé 2 mois et demi à me soigner avant de revenir mais malheureusement pour moi je n’ai pas eu l’occasion de prendre le bon wagon. Et vu le rythme de croisière exceptionnel du Stade Rochelais, il m’a été difficile de retrouver une place sur le terrain.

G. : La Rochelle est maintenant connue pour ses joueurs de grands talents. Y a-t-il un joueur qui t’as plus impressionné qu’un autre ?

Maxime : Je pense forcément à Victor Vito (double champion du monde avec les All-Blacks). J’ai eu la chance de le côtoyer à La Rochelle l’année dernière. Un grand champion.

Maxime Gau jouant pour Albi, son premier contrat professionnel.

G. : Tu as finalement résilié ton contrat en août. Tu ressentais le besoin d’un nouveau challenge ? On sait que ces périodes sont parfois délicates à gérer pour un joueur. Comment as-tu vécu cet été un peu mouvementé ?

Maxime : Oui il me fallait un nouvel environnement dans lequel j’allais pouvoir de nouveau m’épanouir. Je souhaitais avoir plus de temps de jeu et continuer à progresser parce qu’à notre niveau, ça peut aller très vite dans un sens comme dans l’autre. Il était donc primordial de me relancer, d’avancer plutôt que de stagner et régresser.

G. : Tu as signé au Stade Français en tant que joueur additionnel Équipe de France. Pour les novices, peux-tu nous expliquer cette particularité ?

Maxime : Le statut de joueur additionnel Équipe de France est tout récent. Ça consiste à pallier les nombreuses absences des joueurs en Équipe de France qui sont sur la liste Élite et qui ont un nombre de matchs limité dans l’année.

G. : En revenant sur Paris, tu te rapproches de ta famille. Ce fut un élément déterminant dans ton choix ? 

Maxime : Oui, le fait que ma famille habite aux abords de Paris a forcément pesé dans la balance. L’arrivée du nouveau président était aussi important car cela insuffle un nouvel élan, de l’enthousiasme.

G. : Le Stade Français vit une saison particulière juste après le rachat par Hans-Peter Wild. Certains parlent de saison de transition. Quel est ton avis ?

Maxime : C’est effectivement une saison de transition tant au niveau de l’effectif que du staff. Mais comme ont déjà pu dire bon nombre de mes coéquipiers précédemment, en terme de résultats, le Stade Français ne peut pas se contenter d’une « année de transition ». On veut viser le plus haut possible.

G. : Quel est ton ressenti sur le début de saison compliqué que traverse le Stade Français ?

Maxime : Selon moi, nous avons une bonne équipe qui travaille bien. Le talent est là c’est certain. Il faut juste que les automatismes se créent. C’est le plus important dès lors que l’on débute un nouveau cycle.

G. : Ton club vient de prolonger les contrats de Plisson et Danty. C’est un message fort. Quel est ton avis sur le projet parisien ?

Maxime : Toutes ces prolongations (Plisson, Gabrillagues, Danty, Macalou…) montrent que le club souhaite garder son ossature de joueurs cadres et de joueurs issus du club dans son nouveau projet et c’est une excellente chose pour tout l’entité Stade Français (joueurs, staff, supporters, dirigeants, partenaires, bénévoles…).

Début de saison compliqué pour le Stade Français.

G. : La question des commotions cérébrales et de plus en plus posée. Ton poste est très exposé. Quel est ton avis sur cette question ? As-tu une appréhension quand tu rentres sur le terrain ?

Maxime : Les commotions, malheureusement, font désormais partie du lot de chaque match de haut niveau. C’est notamment dû aux physiques, aux entraînements, à la préparation qui sont en constante évolution dans le but d’être plus costaud, plus rapide et plus dur à l’impact. Je ne pense pas que ça ira en s’arrangeant! Pour ma part, je n’appréhende jamais de rentrer sur un terrain. Dès lors que je suis sur le pré c’est pour tout donner et si cela doit arriver, que tu sois sur la retenue ou à 200% ça arrivera donc autant être à fond.

G. : Les grosses blessures font partie du quotidien d’un joueur de rugby de haut niveau. As-tu subi des commotions cérébrales ? On cherche à protéger la santé des joueurs mais est-ce vraiment possible dans un sport comme le tien ?

Maxime : Oui j’en ai déjà subi une légère quand je jouais à Albi contre Bourg en Bresse il y a quelques années. C’est vrai que ça fait bizarre. Mais je pense que dans ce sport qui est un sport de combat collectif c’est difficile, voire impossible à gérer. Le but étant de marquer son adversaire en s’investissant à fond donc forcément on est exposé à ce genre de mauvais contacts qui provoquent des commotions. 

G. : La Fédération internationale a décidé de durcir les sanctions pour les plaquages hauts. L’équilibre entre la dimension du combat propre au rugby et la protection des joueurs est dur à trouver. Qu’en penses-tu ?

Maxime : Oui l’équilibre est dur à trouver car comme je l’ai dit c’est un sport de combat et c’est l’un des rares sports où l’on peut faire mal à un adversaire sans que ce soit répréhensible. Après il est important que les instances s’y intéressent en gardant un œil sur la santé des joueurs. Cependant, il ne faut pas perdre de vue l’essence-même de notre sport, à savoir le défi physique, le plaquage, la mêlée… Il va falloir trouver un compromis.

G. : Tu es un première ligne polyvalent. Au Stade Français on te fait dorénavant jouer au poste de talonneur. C’est un poste avec un aspect technique bien spécifique : la touche. Comment as-tu travaillé tes lancers ?

Maxime : Ironie de l’histoire, j’ai commencé à lancer en touche en compagnie de Laurent Sempéré (il joue aussi au Stade Français) au Racing quand nous y jouions tous les deux. Mais par la suite, j’ai joué exclusivement au poste de pilier droit à Albi. C’est à La Rochelle que j’ai réellement commencé à jouer au poste de talonneur. Je m’astreignais à de longues séances de lancers tous les jours avec le coach pour gagner en technique, en confiance et faire en sorte que la gestuelle soit la plus naturelle possible.

Maxime Gau au lancer sous les couleurs de La Rochelle.

G. : Peux-tu nous expliquer les différences entre le poste de pilier et talonneur ? Est-ce difficile de modifier son jeu ? On pense notamment à la position en mêlée.

Maxime : Ce sont des postes bien différents. Chaque poste est unique. Même au niveau des piliers. Que ce soit du côté gauche ou du côté droit, les positions et les axes de poussée sont différents. Concrètement, aucun des 3 postes de la 1ère ligne ne se ressemble. Les liaisons, les appuis changent d’un poste à l’autre.

Il est certain qu’il n’est pas facile de passer de pilier à talonneur. Le pilier ne s’occupe « que » de sa position tandis que le talonneur gère toute la mêlée, s’occupe de la liaison avec ses 2ndes ligne, de la cohésion et du 8 de devant. Et à l’impact il subit la pression de 2 packs qui s’opposent (aux alentours de 900kg par pack).

G. : La mêlée est un pur moment d’affrontement et d’intimidation aussi. As-tu le souvenir d’un joueur particulièrement difficile à affronter ?

Maxime : Sans hésitation, c’est Thomas Synaeghel ! Quand il jouait à Dax, j’avais passé un sale match en mêlée face à lui. Et finalement, on s’est retrouvé peu de temps après sous les mêmes couleurs au Stade Rochelais.

G. : Tu es encore jeune. L’Equipe de France est-elle dans un coin de ta tête ?

Maxime : Honnêtement non. Pour moi c’est bien trop loin dans ma tête. J’ai énormément de travail à accomplir. Aujourd’hui, je souhaite juste m’imposer au sein du groupe du Stade Français Paris.

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