Avant de devenir son métier, le vélo est tout d’abord une passion pour Quentin Pacher. Fidèle supporter d’un père cycliste, ce girondin de naissance a vite été frappé par le virus du vélo. C’est en 2015 qu’il réalise son rêve de gosse : devenir coureur cycliste professionnel. Il court pour l’Armée de Terre puis la formation Delko-Marseille Provence KTM. Mais c’est bien sous les couleurs de sa nouvelle équipe, Vital Concept Cycling Club, qu’il est en train de prendre une nouvelle dimension. Dans une team Continentale Pro ambitieuse, le coureur de 26 ans joue un rôle important aux côtés de Bryan Coquard, son leader. Cerise sur le gâteau, il a signé sa première victoire sur le circuit professionnel en Juin 2018 sur le Tour de Savoie Mont-Blanc.

Sur un vélo, le natif de Libourne, s’éclate. Conscient des exigences de son sport et des attentes placées en lui, ce grand profesionnel n’oublie pas que monter sur un vélo est avant tout un plaisir unique pour lui. Nous avons rencontré un coureur ambitieux pour son avenir, avec en prime un objectif de Grande Boucle dans un coin de la tête !

Grounds. : Tu Peux-tu te présenter pour nos lecteurs qui ne te connaissent pas encore ? A quel âge as-tu commencé le vélo ?

Je m’appelle Quentin PacherJ’ai commencé le cyclisme en compétition à l’âge de 13 ans dans un petit club en Dordogne. C’est mon père qui m’a transmis la passion du vélo. Ça faisait un moment que je le suivais sur les courses. Je faisais un petit tour de vélo avant la course et ensuite je lui passais les bidons. À l’époque, ils étaient une belle bande de copains et ils se faisaient plaisir, je pense que c’est ça qui m’a plu. Je voulais faire pareil. J’ai progressé au fil des années et j’ai commencé à toucher le haut niveau en intégrant en Junior, le Sport Etude au CREPS de Toulouse, où je partageais mon temps entre entraînement et cours. En 2015, je suis passé professionnel dans l’équipe de l’Armée de Terre qui évoluait au niveau Continental.

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G. : Quel type de coureur es-tu ? Sur quel type d’étapes ou de course tu t’éclates ?

Mon profil cycliste est celui d’un puncheur. Ma petite préférence, ce sont les parcours vallonés sans être montagneux et les arrivées en bosses.

QUENTIN PACHER, UN PUNCHEUR DANS UNE TEAM AMBITIEUSE

G. : Comment es-tu devenu un coureur chez Vital Concept, la team formée par Jérome Pineau ?

Ça c’est fait assez simplement. Alors que l’équipe était encore à l’état de projet, Jérôme m’avait fait part de son envie de m’avoir dans son effectif si l’équipe voyait le jour. Au fil des mois dans la saison 2017 le projet a pris forme et la façon dont Jérôme me l’a présenté m’a séduit. Je n’étais plus sous contrat en fin de saison avec Delko Marseille Provence KTM alors je lui ai donné mon accord, au cours du mois de juillet, pour deux saisons.

G. : Quel est ton rôle dans ta nouvelle équipe, Vital Concept ?

Cette saison l’effectif était grandement orienté vers le sprint autour de Bryan Coquard notamment. Du coup de mon côté j’avais beaucoup de liberté quand le profil de la course se rapprochait plus de mes qualités. Au fil de la saison mes libertés sont devenues des responsabilités et aujourd’hui dès que le profil est vallonné, je suis le coureur protégé et on compte sur moi pour rapporter un résultat au Club. Quand on a toute une équipe à son service en course avec des coureurs qui vous font confiance, mentalement et physiquement ça change la donne.

G. : Peux-tu nous parler de Bryan Coquard, le leader de l’équipe?

Bryan c’est est un leader naturel qui fédère autour de lui sans avoir besoin de forcément beaucoup parler. On est de la même génération 92. On courait ensemble depuis les cadets sans forcément se connaître. Avec lui, quand on va sur les courses il y a toujours une super ambiance et du sérieux à la fois. C’est je pense ce qu’il faut dans un groupe pour performer.

G. : En intégrant l’équipe cycliste de l’Armée de Terre tu es devenu un coureur professionnel. Qu’est-ce qui a changé dans ton quotidien de cycliste ?

Jusqu’au jour où je suis passé professionnel, je menais de front mon entraînement, les compétitions et des études. Une fois professionnel, j’ai voulu mettre toutes les chances de mon côté et j’ai stoppé mes études pour me consacrer à 100% au vélo. Petit à petit tu revois ton exigence envers toi-même dans tous les secteurs : l’entraînement, la diététique et la récupération pour être plus performant. Tu deviens vraiment pro dans tous les sens du terme. Et c’est comme ça que tu progresses. C’est obligatoire car l’écart de niveau reste conséquent même si le niveau amateur en France est excellent.

G. : Quel est la grande différence entre Delko-Marseille Provence KTM et Vital Concept ?

Sur le papier ce sont deux équipes qui appartiennent à la même division : Pro Continental. Le budget du Vital Concept Cycling Club est plus important, donc en terme de logistique et de staff, ça marque une différence sur toute une saison. D’un point de vue sportif le projet du Vital Concept est ambitieux et l’équipe devrait franchir, je l’espère, des marches tout les ans et participer aux plus belles courses du calendrier.

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Quentin Pacher lors de sa première victoire pro sur le Tour de Savoie Mont-Blanc.

G. : En juin, tu as obtenu ta première victoire chez les professionnels sur le Tour de Savoie Mont-Blanc. Qu’as-tu ressenti au moment de franchir la ligne d’arrivée ?

L’an passé, j’ai perdu les deux personnes qui ont fait de moi le coureur que je suis aujourd’hui. Mon première éducateur Patrick Delmonteil m’avait suivi depuis que j’avais une dizaine d’années et me soutenais encore l’an passé. C’est lui qui m’a mis sur un vélo avec mon père. Jusqu’en Junior, il m’amenait sur les courses tout les week-ends, suivait mes entraînements et surtout m’a forgé un mental, celui de ne jamais baisser les bras. L’autre personne, c’est Dominique Arnaud mon ancien directeur sportif dans les rangs amateur qui était un ancien pro et coéquipier d’Indurain. J’ai passé 3 ans avec lui et c’était vraiment plus qu’un directeur sportif. Si je suis un coureur professionnel aujourd’hui c’est grâce à lui. Tactiquement, il était très bon et surtout il était vraiment passionné et vivait les courses dans la voiture, derrière nous, peut-être plus intensément que nous. C’était deux personnes très importantes pour moi et j’ai pensé à eux en passant la ligne.

QUENTIN PACHER, UN COUREUR AMBITIEUX QUI A GOÛTE A LA VICTOIRE CHEZ LES PROS

G. : Grâce à ta passion tu as pédalé dans le monde entier. Y a-t-il un décor que tu n’es pas prêt d’oublier ?

Il y en plusieurs que je ne risque pas d’oublier mais je pense que le plus dépaysant ça reste les paysages du nord de la Norvège. J’ai participé ces deux dernières années à l’Arctic Race of Norway, et c’est vraiment une course à part. Parfois sur le vélo avec la course on ne s’en rend pas forcément toujours compte mais quand on revoit les images de télévision, vue d’hélicoptère, c’est magnifique. Quand un renne coure à côté de la route au passage du peloton tu te rends bien compte que tu ne verras pas ça tout les jours ! J’ai fini ma saison 2017 en Asie et commencé celle de 2018 au Moyen-Orient, ce n’est pas quelque chose de donné à n’importe quel sportif.

G. : Quel est ton meilleur souvenir en tant que cycliste ?

Mon meilleur souvenir c’est sans doute ma victoire au mois de Juin. J’ai fait un peu plus de 60 kilomètres en solitaire avant de pouvoir lever les bras. C’était quelque chose que je n’avais encore jamais réalisé. Au delà de ça, je garde un sacré souvenir de l’Amstel Gold Race cette année. C’était ma première grande classique et dans le final je suis encore avec les favoris, des champions de classe mondiale. Dans ta tête, tu passes de spectateur à acteur et tout ça devient concret.

G. : L’omerta autour du dopage tombe peu à peu et certains coureurs pros n’hésitent plus à dénoncer certaines pratiques. On pense notamment à Romain Bardet. Tu penses que c’est une bonne chose ?

Bien sûr c’est une bonne chose, il est le porte parole d’une génération et il ne se prive pas de donner son point de vue. Je pense que ça aidera à faire avancer les choses.

G. : Malheureusement, nous avons aussi assisté à des débordements et des actes violents contre Froome lors du dernier Tour de France. Regrettable ou compréhensible ?

Le vélo c’est un sport populaire et de proximité vis à vis du public. Sans doute le plus grand événement sportif gratuit. Il n’y a pas la distance qu’il peut y avoir dans un stade de football entre le supporter et le joueur. Évidemment, qu’un cycliste se sente en danger sur son vélo qui qu’il soit, c’est malheureux. Tous les coureurs au départ d’une course avec un dossard dans le dos méritent le respect. Après si un coureur ne respecte pas les règles alors il n’est pas au départ et le problème est réglé.

G. : Quels sont tes objectifs pour l’avenir ? Participer à un grand tour ? Le Tour de France, c’est un rêve ?

Je n’ai encore jamais eu l’opportunité de participer à un grand tour et d’un certain point de vue c’est un objectif à court terme. Un premier grand tour pourrait me permettre de franchir une autre marche physiquement en enchaînant 3 semaines de course. Participer au Tour c’est plus un objectif qu’un rêve. En tant que coureur pro quand tu n’y as jamais participé, le premier accomplissement est d’être au départ, et une fois que tu y as participé, je pense que tu n’as qu’une envie, c’est d’y revenir. Mais le vrai objectif, ça doit rester de gagner des courses !

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