Footballeur c’est son métier mais c’est avant tout une passion pour Mathias Coureur. Passé par le centre de formation du Havre puis un premier contrat professionnel au FC Nantes. Le début de carrière du martiniquais ressemble à un conte de fée. Malheureusement, tout ne se passe pas comme prévu chez les Canaris. Mais quand certains baissent les bras, Mathias relève la tête et transforme ses échecs en une force. Aujourd’hui, nous avons échangé avec un personnage attachant et engagé qui savoure chaque instant de sa carrière atypique façon globe-trotter du ballon rond.

Sa carrière est une mosaïque de pays et de rencontres. La France puis l’exil en Espagne, en Bulgarie, la Martinique ou encore la Géorgie. Depuis 2017, il joue pour le Kaysar Kyzylorda au Kazakhstan. Loin de tout, il découvre dans l’ex-URSS une autre façon de vivre. Le français a choisi une vie parfois rude mais toujours passionnante. Nous vous présentons Mathias Coureur, profession footballeur, passion voyage. À l’instar de Neymar, ces parcours de vie sinueux sont fréquents dans le monde du football. On pense notamment à Aurélien Collin et Florian Valot qui ont connu des fortunes diverses avant de trouver leur bonheur de l’autre côté de l’Atlantique.

Grounds. : Bonjour Mathias. Peux-tu te présenter rapidement pour les gens qui ne te connaissent pas encore ?

Mathias Coureur, je viens d’avoir 30 ans et je suis un dingue de football. Grâce à mon sport j’aime voyager, rencontrer de nouvelles personnes et de nouvelles cultures. J’essaie de ne pas trop me prendre au sérieux et je profite de la vie à chaque instant.

Comment s’est passée ton arrivée dans ton nouveau club ? Quel rôle joues-tu au sein de cet effectif ?

J’étais en Bulgarie et le coach ici est bulgare. Stoycho Mladenov avait suivi mon parcours à Varna notamment. C’est quelqu’un de très connu en Bulgarie (c’est un ancien international). Donc difficile de refuser son offre. Les bulgares me disaient tous que je ne pouvais pas refuser, que c’était un honneur de travailler avec ce coach. Je suis arrivé en toute simplicité, à la découverte d’un nouveau championnat, d’une nouvelle façon de jouer.

Mon rôle ? C’est de marquer des buts et d’influer sur le jeu offensif de mon équipe. Je ne suis pas du genre à trop parler dans le vestiaire, encore moins avec la barrière de la langue. J’ai terminé meilleur buteur de mon club l’an dernier, donc j’espère rééditer cette performance en marquant encore d’avantage.

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Crédit photo @Laure Hodina

Quel est le niveau du championnat local et le style de jeu ? Ça pourrait être l’équivalent de quelle division en France ?

C’est difficile à dire… J’ai quitté la France à 22 ans, donc c’est difficile pour moi de faire un comparatif. Ici il y à Astana et Kairat, qui sont les 2 grosses cylindrées du championnat, avec des joueurs de très bon niveau. Le style de jeu, c’est comme partout : ça dépend des coachs et des joueurs à disposition. De façon générale, ça joue assez physique, ça coure beaucoup. Il y à moins de rigueur tactique et de qualité technique qu’en Espagne par exemple, ou j’ai joué aussi.

Aujourd’hui, tu es un des joueurs phare de ton club, quels sont tes projets pour les prochaines saisons ? Un retour en France ou continuer tes aventures à l’étranger ?


Je ne sais pas si je suis un joueur phare. En tout cas j’essaie de l’être dans le jeu et pas uniquement sur le terrain. J’ai fait une saison très correcte l’an dernier et j’ai réussi à gagner la confiance du club et des supporters. C’est ce que j’aspire à faire dans tous les clubs dans lesquels je joue. Je ne suis pas là juste pour prendre mes sous. J’aime quand il y à une bonne ambiance et une belle cohésion avec les fans.

Cette saison, c’est plus compliqué. On a très mal débuté, donc j’espère qu’on va redresser la barre. La vie n’est pas toujours évidente, notamment loin des miens mais si j’ai appris une chose dans ma carrière de footballeur globe-trotter, c’est que parfois, quand tu te sens bien dans un club, il ne faut pas chercher à partir. L’herbe n’est pas toujours plus verte chez le voisin.

MATHIAS CAUSEUR, LE TOUR DE L’EUROPE EN CRAMPONS.


Qu’est-ce qui est le plus dépaysant dans ta nouvelle vie au Kazakhstan ? Comment on occupe son quotidien ici ?

Ici c’est pas la France, ni l’Europe. J’ai joué en Bulgarie, notamment, mais c’est très différent. Ça fait vraiment penser à l’ex-URSS. On n’est pas en Europe, c’est une évidence. C’est une autre mentalité, une autre façon de penser. La langue est complètement différente. Je suis métisse donc ça fait beaucoup parler ici. Je suis un peu l’attraction mais parfois c’est dans le mauvais sens du terme. Mais c’est plus « culturel » que du vrai racisme. C’est juste que pour la plupart, ils n’ont jamais vu un homme de couleur. On est plusieurs français à trainer ensemble.

Je n’ai pas beaucoup de loisirs sur place en réalité. Beaucoup de foot, des repas entre compatriotes ou joueurs du club et du repos.

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Crédit photo @Laure Hodina


Ton parcours de footballeur t’as donné la passion des voyages. Quelle destination tu rêverais de découvrir en tant que footballeur professionnel ? Et tant que simple voyageur ?

Oui j’ai beaucoup voyagé ! Et partout où je suis passé, j’ai gagné quelque chose. Sauf en Georgie mais je ne suis resté que 2 mois donc ça ne compte pas (sic). J’espère pouvoir gagner un titre, quelque chose ici au Kazakhstan.

Quelle destination ? J’ai eu la chance d’aller en Colombie et de voir la finale du championnat colombien et c’était vraiment un moment fabuleux ! J’aime beaucoup les ambiances sud américaines. C’est survolté, c’est la passion. Si je pouvais jouer un jour là-bas ce serait un rêve.

Comme simple voyageur, j’ai prévu d’aller au Brésil avec mon cousin (il joue dans le même club que moi). Sinon l’Afrique est un continent qui m’attire beaucoup. J’ai visité le Sénégal il n’y a pas longtemps. Pourquoi pas l’Afrique du Sud ? Ou un autre pays africain, mais anglophone de préférence.


Quelle est la proposition de club la plus exotique que tu aies reçu ?

On m’a proposé les Maldives (ça laisse rêveur) et la Corée du Sud !

Une proposition de club que tu as refusé et que tu regrettes aujourd’hui ?

Ce n’est pas vraiment un regret en réalité. Quand j’avais 12 ans, le Paris Saint-Germain me voulait dans leur centre de formation. Le PSG, c’est le club de cœur de toute la famille. Mon père aurait été heureux que je signe là bas. Mais j’ai préféré Le Havre. C’est un petit regret, mais j’ai passé de bons moments au Havre donc au final je ne regrette pas mon choix.

Un choix que je regrette plus, c’est un transfert qui ne s’est pas réalisé. En début de carrière, Lille voulait me faire signer. Ça ne s’est pas fait mais je ne regarde pas trop en arrière.

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Crédit photo @Laure Hodina


Est-ce qu’un jour tu t’es déjà dit en arrivant dans un club « Qu’est-ce que je fous là ? »

Non ça ne m’est jamais arrivé. Je suis dans la découverte. J’essaie de ne pas juger au premier regard ou juste sur une première impression. Dans tous les cas, je cherche à être ouvert d’esprit.

Quand j’étais plus jeune, j’ai pu avoir cette réaction en arrivant à Gueugnon en France. Sans manquer de respect à cette ville, une fois que t’as joué à Gueugnon, tu peux joueur n’importe où dans le le monde !

MATHIAS COUREUR AU KAZAKHSTAN, UN FRANÇAIS EN EX-URSS


Parles-nous un peu du Kazakhstan. Quelle culture as-tu découvert ? Originaire des Antilles, as-tu mis longtemps à t’acclimater à la dureté de l’Europe de l’Est ?

Le Kazakhstan, c’est un ex pays de l’URSS. Ce sont essentiellement des musulmans qui parlent russe et qui ont la culture russe. C’est un peu étrange au début. Évidemment, on est très loin de la culture antillaise mais ça je le retrouve quand je rentre à la maison, donc c’est pas un soucis.

Je n’ai pas mis longtemps à m’acclimater à l’Europe de l’Est parce que j’y suis allé crescendo. J’ai commencé par la Bulgarie. C’est l’Est mais assez européanisé. Le Kazakhstan, c’est plus l’Est « profond », mais franchement ça va. J’ai eu la chance d’avoir très souvent d’autres français à mes côtés, donc on se sent « moins seul ». C’est toujours agréable de pouvoir parler sa langue natale de temps en temps.


Les faits divers de racisme sur les terrains de foot, malheureusement, trop fréquents en Europe. As-tu déjà été confronté au racisme lors de tes différentes expériences en Europe de l’Est ?

Je pense que le racisme il existe que si t’as envie de le voir. Je vais vous raconter une anecdote. Un jour, on joue contre le Levski Sofia. Dès que je touche le ballon, j’entends des cris de singe. Je les regarde, sans m’énerver, et je me dis juste que ce sont des imbéciles. Après le match, des supporters du Levski m’interpellent. Je vais les voir et leur dit que leur comportement est vraiment irrespectueux. L’un d’entres eux me demande si je comprends le bulgare. Je lui répond que oui, mais très brièvement. Il m’explique alors que s’ils m’avait insulté en bulgare, je n’aurais pas compris et que ça n’aurait pas eu d’impact. Les cris de singe, c’est pour déstabiliser, pour te faire sortir de ton match. C’est un acte raciste mais sans en être un.

Faut avoir du recul par rapport à tout ça, sinon tu ne t’en sors pas. Et la discussion permet aussi de désamorcer des situations et de mieux comprendre l’autre. Ça n’excuse pas tout, mais au moins j’ai compris leur mécanisme. À la limite, j’ai plus ressenti le racisme lorsque j’étais en Espagne qu’en Europe de l’Est. On m’a refusé une table sans raison. J’ai rapidement compris que c’était ma couleur de peau qui posait problème. La police m’a reproché de « prendre le travail des espagnols » par exemple. Je n’ai jamais connu de telles mésaventures en Bulgarie ou en Géorgie. À la limite, ça me dérange plus qu’on insulte ma mère plutôt qu’on me fasse des cris de singe.


Quel est l’engouement pour le football au Kazakhstan ?

L’engouement n’est pas exceptionnel. La chance qu’on a à Kyzylorda c’est qu’il n’y a que le foot donc toute la ville nous supporte et le stade est souvent plein. Ce n’est pas la folie dans les tribunes mais au moins le stade n’est pas vide.

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Crédit photo @Laure Hodina

Et quelle est l’ambiance la plus dingue que tu aies pu vivre dans un stade de football ?

L’ambiance la plus dingue ? En tant que joueur, c’est, sans hésitation, la finale de la Coupe de Bulgarie avec le Cherno More Varna contre le Levski Sofia. Des feux d’artifice en plein match, des chants, un bruit de malade bref, c’est le feu.

En tant que supporter, c’était la finale du championnat colombien, à Medellin. C’était vraiment un truc de dingue. Ça m’a marqué. C’est aussi pour ça que j’aimerais beaucoup découvrir ce championnat.


Tu es international martiniquais. Porter le maillot de la sélection, tu vis ça comme une fierté ou une responsabilité ?

Oui j’ai joué en sélection martiniquaise. C’est un plaisir et un honneur. C’est surtout une fierté pour ma famille. Moi je n’ai pas grandit en Martinique même si j’y ai joué 6 mois. Malheureusement, ça ne s’est pas toujours très bien passé en sélection. Mais ça me fait plaisir parque qu’ici, on dit que je suis martiniquais. On parle d’une petite île de 600 000 habitants. C’est une grande responsabilité. Je suis toujours heureux qu’on parle de la Martinique en bien, alors j’essaie d’être un bon ambassadeur.

Il y a quelques mois, par exemple, le club m’a demandé si je connaissais de bons joueurs martiniquais. J’ai proposé mon cousin et ils l’ont signés. C’est une très belle marque de confiance. J’ai envie de leur rendre et de continuer à représenter mon île du mieux possible.


Si tu pouvais changer une chose dans ta carrière, ce serait quoi ? Une mauvaise décision que tu regrettes ?

Si j’ai un regret, c’est de n’avoir pas pris conscience assez tôt que j’étais un joueur professionnel et que je devais me comporter en tant que tel, lorsque j’ai signé au FC Nantes. J’aurais aussi dû mettre les choses au clair avec mon agent de l’époque. Mais je ne le regrette pas car ces erreurs m’ont permis d’ouvrir les yeux sur beaucoup de choses. Sur la chance que j’ai de faire ce métier notamment. Peut-être que si j’avais été mature plus tôt, j’aurais eu une autre carrière. Mais au final, je suis heureux de la vie que j’ai et des gens que j’ai pu rencontrer grâce au football. Je suis devenu un autre homme grâce à ces expériences. J’en suis fier. J’espère que je pourrais aider des gens, dans le foot ou non, et rendre service à des personnes en me servant de mes expériences.

Nous tenons à remercier Laure Hodina, photographe et globe-trotter, qui est allée à la rencontre de Mathias Coureur, en Europe de l’Est, pour réaliser une série de photos magnifiques. Une série en noir et blanc touchante et sincère sur son quotidien au Kazakhstan. On vous laisse découvrir son récit sur cette rencontre peu ordinaire avec un exilé du football. Merci à elle de nous laisser utiliser ses jolies photos.

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Crédit photo @Laure Hodina