Les supporters de l’UBB l’adorent. Révélé sur le tard, Marco Tauleigne a gagné le cœur du public bordelais. Lancé par Jacques Brunel, ce troisième ligne explosif s’est fait un nom en Top 14. Et comme une évidence, à 24 ans, il est dans le groupe France pour le match contre l’Irlande. L’équipe de France, Marco la connaît bien. Après un très bon début de saison en Top 14, il était appelé pour le match contre les mythiques All Blacks. Malheureusement après 14 minutes de jeu, il est mis K.O après un plaquage haut. Un mauvais souvenir mais Marco est appelé à être le successeur de Louis Picamoles. Une lourde tâche qui ne fait pas peur à ce roc de d’1m91 pour 115 kg.

Un changement d’entraîneur plus tard, et quelques tourments pour la Fédération, Jacques Brunel, son coach à l’UBB et nouveau sélectionneur, le rappelle à Marcoussis. Il est sélectionné pour les 2 premiers matchs du Tournoi des 6 Nations qui commencent samedi contre les terribles irlandais. L’occasion rêvée de parler rugby avec un passionné. Il est l’un des visages de cette nouvelle génération qui veut redonner de l’allure au quinze français. Mais ils le savent, la gloire de l’Équipe de France passera par des victoires, seulement des victoires. Rencontre avec un casseur de lignes.

Grounds. : Seul 8 de métier (jouant régulièrement à ce poste en club en tout cas) du Groupe France réuni à Marcoussis, tu as de grandes chances de débuter samedi après-midi face à l’Irlande, pour ta première cap en bleu. Comment appréhendes-tu cette échéance ?

Marco Tauleigne : Je ne suis pas le seul à évoluer à ce poste donc je ne me vois pas comme le titulaire samedi. Kevin Gourdon a également évolué à ce poste et a été performant. Ce qui est certain, c’est que je vais m’entraîner du mieux possible pour répondre présent à l’appel du coach. Peu importe ce que décide le staff, je serais prêt.

(C’est finalement Kevin Gourdon qui sera titulaire samedi mais il y a de très grandes chances de voir Marco fouler la pelouse du Stade de France).

Marco Tauleigne pendant le stage du Groupe France à Marcoussis.

La presse parle également de la titularisation probable de ton coéquipier à l’UBB Mathieu Jalibert à l’ouverture. Le fait de débuter en bleu ensemble est il une chance pour vous ?

Oui c’est une chance car on a des automatismes créés en club. Mais ça ne fait pas tout, et nous ne jouerons pas que tous les 2 sur le terrain. Le but sera d’impliquer tout le monde du mieux possible, et je fais entière confiance à Mathieu dans ce domaine.

La mêlée française est dans le collimateur des arbitres internationaux. Avez-vous travaillé spécifiquement avec Sébastien Bruno pour rectifier le tir ?

Ce qui nous importe, c’est de faire déjouer la mêlée irlandaise. On s’est entrainé dur toute la semaine avec Sébastien Bruno. Je ne pense pas qu’on soit tant dans le collimateur des arbitres. En tout cas le but est d’être performant dans cette phase de jeu et de se faire pénaliser le moins possible.

Comment te prépares-tu psychologiquement/mentalement avant chaque rencontre ?

Ça peut paraitre étrange, mais je n’ai pas réellement de rituel avant chaque match. J’aime bien écouter de la musique pendant que je me prépare, mais rien de plus.

MARCO TAULEIGNE ET L’UBB, L’AMOUR DU BEAU JEU

Le Top 14 est souvent critiqué (anciens joueurs, consultants, presse étrangère) pour sa dimension physico-physique. Au contraire, l’ADN de jeu de l’UBB semble être orienté sur le jeu de mouvement. Comment cela se traduit-il dans votre préparation, et sur le terrain ?

Oui tout le monde sait qu’à l’UBB on essaie au maximum d’aérer le jeu, « d’envoyer du jeu ». Nous travaillons beaucoup les enchainements en essayant de mettre du dynamisme. C’est un modèle de jeu qui demande une grosse « caisse physique » mais aussi une certaine technicité.

Marco Tauleigne sous les couleurs de l’UBB.

Êtes-vous craints par les autres clubs pour cette capacité à « enflammer » le jeu ?

Je ne sais pas si on est « craint » mais en tout cas les clubs connaissent notre ADN et notre propension à développer du jeu. Pour que les autres nous craignent d’avantage, il faudrait surtout que cela se traduise par des résultats encore meilleurs. Comme accrocher une place dans le Top 6 par exemple. Cela viendrait récompenser les efforts des joueurs et du club.

Comment expliques-tu que tu te sois révélé « sur le tard » ? (Seulement 353 minutes jouées en pro à 23 ans soit l’équivalent de 4 matchs et demi)

Je ne m’étais simplement pas mis au travail assez tôt. Je suis resté sur mes acquis trop longtemps. Et j’ai compris peut être un peu plus tard que d’autres qu’il fallait que je bascule dans une préparation plus professionnelle pour espérer jouer durablement en Top 14 ou au niveau international.

T’es-tu senti dans une impasse ?

Je m’étais résigné un peu, je tombais dans la facilité parce que j’étais certainement un peu au dessus physiquement en espoir. Puis j’ai eu une prise de conscience tout en enchainant les bonnes performances en espoir. J’ai été récompensé pour cela en intégrant le groupe professionnel. A partir de ce moment là, j’ai vraiment basculé dans le professionnalisme.

Quels aspects as-tu travaillés pour gagner la confiance des coachs ?

Principalement l’aspect physique et cardio. C’était mon gros point faible ! Le rythme des matchs est intense. Pour tenir 1h ou 80 minutes dans un match professionnel, il faut avoir la caisse, sinon tu ne sers plus à rien sur le terrain.

MARCO TAULEIGNE, UN NUMÉRO 8 PERFORATEUR ET OFFENSIF

Quels sont pour toi les dernières évolutions à ton poste ? Quel est l’aspect le plus important ?

On nous demande aujourd’hui d’être assez polyvalents. De gratter des ballons, mais aussi d’avancer avec en attaque et d’être une « arme » offensive complète. D’ou l’importance d’être en parfaite condition physique !

As-tu une préparation physique ciblée par rapport à ton poste ?

Les préparateurs physiques du club nous donnent des séances de physique par rapport à notre poste oui. Pour moi, ce sont souvent des ateliers qui alternent entre demande d’efforts intenses et des courses assez longues et répétitives.

La première sélection « non officielle » de Marco Tauleigne.

Aspires-tu à devenir capitaine de touche ?

Si on me donne un jour cette responsabilité, je la prendrai avec grand plaisir et je m’y investirai à fond. Mais c’est préférable que ça ne soit pas moi pour le moment car sur les touches réduites je ne fais plus partie de l’alignement.

Tu impressionnes par ta dimension physique mais aussi par une certaine science du jeu et du placement. As-tu un ou des modèles (actuels ou passés) pour ton poste ?

J’adore Sergio Parisse. Pour moi c’est le joueur le plus complet à ce poste, costaud et très habile de ses mains et de ses pieds ! J’ai toujours adoré le regarder jouer. C’est aussi devenu un leader incroyable au fil du temps.

Quelle était ta relation avec Matthew Clarkin ? est-ce qu’il t’a aidé à tes débuts (un peu à la façon de Heini Adams avec Baptiste Serin).

On avait une très bonne relation. Qui perdure d’ailleurs encore aujourd’hui ! On échange encore quelques fois par sms. Mais quand il jouait encore, oui il m’avait beaucoup aidé et donné de nombreux conseils. Dès que j’avais une interrogation ou besoin d’aide, il répondait présent sans soucis. Je l’appelais d’ailleurs papa et lui fiston. C’était le genre de relation que nous avions.

L’entraîneur ou éducateur qui t’a le plus marqué ?

J’en ai eu plusieurs, qui m’ont tous apporté quelque chose et que je remercie du fond du coeur aujourd’hui. Mais si je devais en citer quelques uns je dirais Michel Perrin qui, malheureusement n’est plus parmi nous, Jean Paul Lunardon, Hervé Dardet, Cyril Bayens et mon père bien sûr !
En tant qu’entraîneurs dans ma jeune carrière de rugbyman, je retiendrais Laurent Mignot au CS Bourgoin Jallieu, David Ortiz et son staff avec les espoirs de Bègles et Régis Sonnes à l’UBB. Tous m’ont énormément appris.

Le joueur (coéquipier ou adversaire) qui t’a le plus impressionné ?

J’avais été impressionné par Thierry Dusautoir. J’ai le souvenir douloureux d’un plaquage sur moi il y a quelques années. Je l’avais trouvé très rugueux, dur sur l’homme.

Quel est l’aspect du rugby professionnel qui te déplaît le plus ?

La préparation physique ! (Rires) C’est pourtant primordial et je l’ai bien compris. Pour autant, je pense que je n’aimerais jamais ça. C’est la répétition des efforts, jour après jour, qui est difficile.

Vous avez passé beaucoup de temps ensemble avec le « clan » bordelais à Marcoussis (cf Story Instagram). Quel est le plus nul aux jeux vidéos ?

Difficile de citer un nom en particulier puisque tous sont assez médiocres. Je dirais plus que je suis le meilleur et qu’ils font de leur mieux pour arriver à mon niveau !

Marco et son coéquipier à l’UBB, Jefferson Poirot.

Merci à vous et à tous mes followers ! Je reçois beaucoup de messages d’encouragement de leur part durant toute l’année. C’est super agréable et sympa de leur part. J’espère que vous serez tous derrière le XV de France samedi après midi !