Derrière ZeBearded Coach se cache Sébastien Morin, le préparateur physique de Cholet quand ils deviennent Champion de France de Pro A en 2010. Et puis l’envie plus forte que tout de vivre le rêve américain. En basket, ce rêve s’appelle la NBA. ZeBearded Coach (James Harden lui a tout volé) apprend avec les meilleurs aux Spurs de San Antonio. Et comme une évidence, il (re)croise la route de Kévin Séraphin. Drafté par les Chicago Bulls, il joue aux Wizards de Washington et cherche un coach personnel. Cette collaboration, c’est une évidence. 7 ans de travail au quotidien avec le pivot international français (46 sélections). Il a aussi coaché des grands noms comme Rudy Gobert et Nando De Colo. Un travailleur de l’ombre que nous voulons mettre en avant.

ZeBearded Coach nous raconte son rêve américain : de la grandeur de la NBA à l’enthousiasme des fans, en passant par les parcs nationaux ! Merci à Sébastien pour son énergie, sa disponibilité et son professionnalisme. Une rencontre enrichissante et des conseils faciles à mettre en œuvre. On vous laisse découvrir sa chaîne youtube. Nous attendons vos retours et peut-être d’autres projets avec le coach. Let’s go !

Grounds : Peux-tu te présenter pour les lecteurs du blog ?

Sébastien Morin : Je m’appelle Sébastien Morin. Je suis préparateur physique et spécialisé dans la performance athlétique. J’exerce ce métier depuis bientôt 12 ans avec différents athlètes et équipes de haut niveau.

G. : Quelle formation as-tu suivi pour devenir préparateur physique ?

S.M : J’ai commencé avec un brevet d’Etat des métiers de la forme qui m’a donné une vue générale de la profession puis ensuite je l’ai completé avec différentes formations spécialisées comme Yoga/ Pilates/ FMS (functional movement screen)/ Kettlebell/ TRX (total résistance exercice)… J’ai également la formation de préparateur physique spécialisé basket de l’INSEP.

G. : Tu travailles essentiellement pour le basketball. Tu es le coach personnel de Kévin Séraphin (il vient de signer au FC Barcelone après 7 années en NBA aux Washington Wizards, aux Knicks de New York et aux Pacers d’Indiana). Comment cette collaboration a commencé ?

S.M : J’ai commencé à travailler avec Kevin en 2006 à Cholet Basket. L’histoire avec Kevin est assez incroyable car nous sommes arrivés au même moment de deux endroits différents. À l’époque, personne n’aurait pu prévoir le chemin que Kevin a fait depuis. Je l’ai préparé physiquement durant son année cadet , ses années espoirs puis son année professionnelle. Je l’ai même coaché en équipe régionale !

Après le titre de champion de France de 2010, Kévin a été drafté par les Chicago Bulls et moi j’avais fais le choix de tenter l’aventure du côté du Texas (les San Antonio Spurs). Quelques mois après, nous nous sommes retrouvés tout les deux à Washington DC. Il était blessé et avait besoin d’un coach privé. Pour moi, l’aventure NBA a commencé ainsi. Il est évident, avec du recul, que nos chemins devaient se croiser.

ZeBearded Coach et Kévin Séraphin en plein travail.

G. : Quel est le quotidien d’un coach personnel en NBA ?

S.M : Il y a plusieurs phases dans l’année d’un coach personnel en NBA. Il y a la off-saison, là où j’ai l’entière responsabilité du joueur d’un point de vue physique et athlétique. C’est la période où l’on tente d’avoir le maximum de gain, travailler sur les points faibles et renforcer les points forts du joueur. Ensuite, il y a la pré-saison où le joueur est plus souvent avec son équipe afin de prendre ses marques dans son équipe et avec ses partenaires. Ces 3 semaines là sont celles où je ne vois quasiment pas le joueur. Puis le travail sur la saison où j’exerce une prise en charge en complément du travail fait par l’équipe. Le joueur amène du travail à faire à domicile en quelque sorte. C’est là que l’aspect nutritionnel, mental et la récupération sont primordiaux afin de supporter l’enchaînement des 82 matchs de la saison. Une saison NBA c’est un marathon !

G. : Tu vis en Californie. Parles nous de ton rêve américain.

S.M : J’ai toujours eu une fascination pour les États-Unis depuis tout petit certainement via les séries télévisées. Pour moi, les USA comme je les imaginais c’est la démesure et les grands espaces. Bien sûr, il y a les grandes villes et ces immenses buildings. Mais ma représentation à moi des Etats-Unis, c’est plutôt la liberté, les grands espaces , les grands parcs nationaux. J’aime ce pays dans sa philosophie qui est très positive, toujours à t’encourager et croire que tout est possible.

G. : Tu as vécu la NBA de très près. Peux-tu nous faire rêver un peu ? Qu’est-ce qui t’a marqué le plus dans cet univers?

S.M : La NBA c’est une énorme entreprise où rien n’est laissé au hasard. Les salles font toutes minimum 20 000 places. La plupart des salles sont équipées de terrains annexes pour les entraînements et de piscine à eau froide et eau chaude ainsi que des jacuzzis, hammams et des dernières technologies de pointe. Tout est prévu ici pour que l’athlète soit dans les meilleures dispositions possibles. Les joueurs se déplacent en jet privé et sont logés dans des hôtels 5 étoiles. Ce qui m’a marqué le plus d’une manière générale c’est exactement ça : le professionnalisme. Certaines franchises commencent même à suivre les joueurs sur les rythmes de sommeil, ce qui est évidemment un facteur important de la performance.

Le Madison Square Garden (la salle des Knicks de NY) est légendaire avec son histoire et toutes les stars proches du terrain comme d’ailleurs à Los Angeles. J’aime la ferveur patriotique des spectateurs pendant l’hymne nationale et la faculté qu’ont les spectateurs de regarder, voir même de consommer un spectacle et pousser son équipe sur des moments forts, plutôt que d’être là à analyser et se prendre pour les coachs.

G. : Quel est le joueur qui t’a le plus impressionné ? Par son talent ou son caractère.

S.M : Beaucoup de joueurs sont impressionnants en NBA. D’un point de vue physique, LeBron James est surhumain. Des joueurs comme Kobe Bryant, Kevin Durant, Steph Curry sont impressionnants par leur niveau de jeu. Mais celui qui m’avait le plus impressionné était Derrick Rose. Avant ses blessures, sur un terrain il avait cette faculté à aller très vite et être capable de changer de directions sans perdre de vitesse et finir explosif au cercle.

Le premier match que j’ai vu était un MAVS (Dallas Mavericks) / CAVS (Cleveland Cavaliers). À l’époque Shaquille O’Neal jouait encore. Quel monstre ! 2m13 pour 130 kilos, un géant qui courait aussi vite et bien qu’un meneur … inarrêtable ! Il a fait souffrir beaucoup de joueurs et de cercles.

Plus récemment, j’ai eu la chance de voir la première saison de Porzingis aux Knicks. Dès les premiers ballons tu te dis que le gamin a un truc en plus. Faire 2m21 et être capable de dribbler,se déplacer, défendre et scorer comme il le fait, c’est unique. Des athlètes dans ce style comme Giannis Antetokounmpo sont un régal pour moi. Bref beaucoup de joueurs impressionnants, je pourrais en parler toute la journée ! 

Kristaps Porzingis et Kévin Séraphin au contre face à Iman Shumpert (Cleveland Cavaliers)

G. : Nous aimons l’aventure et la nature chez Grounds. Les USA, c’est le paradis des parcs nationaux. Tu as pu en visiter ? Un qui t’a marqué plus qu’un autre ?

S.M : J’ai beaucoup aimé le Colorado et Red Rock notamment. Les décors là-bas sont magnifiques et uniques! Mais le meilleur pour moi pour l’instant, c’est le Grand Canyon! Quel paysage! C’est là que tu te dis que nous les êtres humains nous ne sommes rien comparé à la nature. Une leçon d’humilité. Cette année, j’ai bien l’intention de visiter aussi le Parc Joshua Tree , de Sequoia , Yosemite et Yellowstone.

G. : L’alimentation, et plus globalement l’hygiène de vie, a un rôle essentiel dans la préparation d’un sportif. Comment tu gères ça ?

S.M : La nutrition est super importante pour le sportif de haut niveau mais également pour la personne lambda. Je suis toujours effaré qu’après autant d’années sur Terre l’être humain ne sache toujours pas comment bien se nourrir et pire encore ne sait plus ce qu’il mange et les énergies que cela lui apporte. Je trouve cela anormal que dès le plus jeune âge on n’enseigne pas la diététique à l’école. C’est la base de tout et plus on maîtriserait tôt notre assiette, plus nous aurions des résultats! Combien de personnes sur Terre ont des maladies liées à la mal-bouffe ? Et combien d’athlètes ont une méconnaissance des bienfaits de l’alimentation sur le corps humain pendant une performance sportive ?

Mon rôle avec mes athlètes est déjà de leur faire comprendre qu’aucun régime n’est bon pour le corps humain. Certaines personnes se font un business dessus mais créent des carences ou pire des maladies juste dans le but de perdre quelques kilos avant l’été tout de suite récupérés après. L’idéal dans mon approche est d’insister sur l’importance du rôle énergétique de chaque aliment et de changer les mauvaises habitudes alimentaires . Une fois ce travail acquis ( à quoi sert les protéines, les glucides , le gras, les fibres… ), il faut s’attarder sur les portions. Les portions sont la clé de tout car tu peux très bien manger bio et équilibré. Si tu prends 2 portions de quinoa au lieu de 1/2 le problème sera différent mais toujours là. On peut tout manger, même des pizzas, des hamburgers et autres, à condition de gérer la portion et le moment où les manger ainsi que la fréquence.

G. : Quelle place le mental va prendre dans ton approche avec les sportifs ?

S.M : Le mental c’est le dernier paramètre qui va permettre de faire la différence chez l’athlète. C’est très large comme approche car pour moi il faut connaître parfaitement le joueur pour attaquer ce sujet . Tout être humain est conditionné par une éducation, une religion, la société et autres. Tous ces paramètres vont former l’individu. À partir de là, l’athlète va développer des caractéristiques mais aussi des limites. Si tu ne connais pas le joueur, son passé, son éducation et dans quelles conditions il a pu grandir, tu vas droit dans le mur car ton discours ne passera pas. D’ailleurs, l’un des paramètres, à mes yeux, qui différencie un bon d’un mauvais coach ce n’est pas forcément ses connaissances mais la manière dont il fait passer ses messages aux joueurs.

G. : Si tu devais te définir, quel type de coach es-tu ?

S.M : Je ne sais pas quel type de coach je suis. Ce serait intéressant de poser la question aux joueurs que j’ai pu encadrer. À un moment donné, je ne cherche pas à être quelqu’un d’autre. Je suis moi-même et ça me semble normal. D’ailleurs pour un coach il est très important de se connaître, de savoir qui tu es pour ensuite être d’un naturel à toute épreuve avec l’autre. Je suis moi-même et j’enseigne ma passion aux autres. C’est comme cela que je me décrirais.

À gauche, Sébastien lors de la pré-saison de Galatasaray.

G. : En te suivant sur les réseaux sociaux, on a pu voir que tu t’occupais de la préparation physique de Galatasaray en Turquie. Quelle est la différence pour toi entre t’occuper d’un joueur individuellement ou toute une team ?

S.M : Les différences entre préparer un joueur individuellement et une équipe sont nombreuses, avec cependant la même volonté d’aller vers la performance. Dans une équipe comme Galatasaray, il y a 12 joueurs professionnels à gérer en respectant un calendrier et être performant le jour J. Alors qu’avec un seul joueur en privé tu es concentré sur lui de A à Z. Tu interviens par rapport au travail déjà fourni par l’équipe (pour la pré-saison et la saison). En individuel, tu es beaucoup plus sur le détail.

Le fait d’avoir travaillé longtemps avec un joueur de haut-niveau m’a permis de m’améliorer dans l’individualisation au sein d’une équipe. Chaque joueur est différent aussi bien au niveau morphologique, génétique, musculaire et mental. Même dans une équipe, il est important de tout individualiser pour que le joueur se retrouve dans ce qu’il fait. Du coup, il va se sentir responsabilisé et de par ce fait accroître sa motivation. Par exemple, il n’y a rien de plus frustrant pour un big guy (les pivots et les ailiers forts) de faire la même chose qu’un meneur de jeu! Il n’y a aucun sens à faire cela et tu perds l’athlète car il ne se reconnaîtra pas dans ce que tu lui demandes.

Donc la principale différence, de mon point de vue, est que lorsque je travaille avec Galatasaray, j’ai 12 Kévin (Séraphin) devant moi. C’est très intéressant par rapport à leur travail, leur petits bobos. C’est étonnant et fascinant de voir à quel point on peut connaître la vie personnelle d’un joueur.