À travers un carnet de route poétique, Yann et Alexandre nous font revivre avec passion et nostalgie leurs aventures écossaises. Les deux photographes outdoor, derrière le projet Oecume, rêvaient de ce voyage depuis longtemps. Leurs découvertes et leurs émerveillements sont autant d’invitations à découvrir ces terres chargées d’histoire et de mysticisme. Alerte évasion au cœur de l’Écosse.

L’Ecosse fantasque, c’est ce dont nous rêvions avant de partir nous aventurer sur cette terre de légendes. Pour reprendre les mots de Walter Scott, les Highlands sont une sorte de monde sauvage, rempli de rochers, de cavernes, de bois, de lacs, de rivières, de montagnes si élevées que les ailes du diable lui-même seraient fatiguées s’il voulaient voler jusqu’en haut.

À notre arrivée à Edimbourg, cette sauvagerie naturelle, vectrice de différentes images mentales rendues populaires par de nombreux films et séries hollywoodiens, s’estompe : les troupeaux de moutons ont été remplacés par une foule d’humains déchaînés par les activités festivalières. Le vacarme tintamarresque des trompettes, des transports et des hurlements nous crispe et nous décidons de rejoindre l’Arthur’s Seat, une petite colline dont l’ascension constituera notre premier contact avec la nature écossaise. L’ambiance y est plus reposante et le joueur de cornemuse (le cornemuseur) posté en bas de la colline amène une note traditionnelle plus que plaisante. A la fois fascinés par la faune qui se cache en plein cœur de la ville et la somptuosité des roches pourpres, nous accélérons le pas, pressés d’atteindre le sommet et oubliant le reste de la ville. Mais celle-ci s’impose vite à nous : le panorama offert à la pointe de ce mont légendaire ne nous subjugue pas. Seuls quelques monuments nous interpellent mais la nature n’est visible qu’à l’horizon. Nous rebroussons chemin, mangeons rapidement et attendons que la nuit passe : c’est cet horizon que nous souhaitons voir dès le lendemain, cet horizon mythique qui nous lorgne et nous tend les bras.

Nous reprenons la route au lever du soleil, après un petit déjeuner traditionnel. Nous osons le haggis, plat consistant en une panse de brebis farci, que nous assortissons de fruits, scones au chocolat et haddock… Même si nous n’avons pas été sensibles à tous les plats, nous étions ravis de tenter l’expérience. Ce plaisir fut rehaussé par les locaux qui esquissaient, durant tout le séjour, un sourire à chacune de nos bouchées… Délaissant les boulevards édimbourgeois, nous filons vers The Trossachs National Park : peu à peu, les voitures, les embouteillages et le fourmillement de la ville laissent place à des routes sinueuses, presque vides de toute âme qui vive. La nature reprend ses droits et la sérénité nous gagne. Par moments, nous croisons de solitaires et gigantesques arbres, scarifiés par le temps. D’autres croissent et sortent de nulle part, regardant les lochs tout en les protégeant. Un vrai instant poétique. Les chaussées encore praticables se rétrécissent à mesure que nous approchons du Loch Etive. La distance qui nous en sépare est courte mais nous devons composer avec les Passings places, ces petites cavités routières permettant le passage à deux véhicules. Ces temps de pause sont l’occasion pour nous d’admirer le paysage. Perdus dans les lands écossais, nous nous rêvons chevaliers ancestraux, chevauchant par monts et par vaux.

Personne ne nous accompagne ni ne nous accoste. Seule la verdure et les vertes montagnes viennent faire de ce décor un véritable rêve éveillé. L’émerveillement atteint son paroxysme lorsque nous atteignons les berges du Loch Etive. Séduits par la vue, nous franchissons l’eau glaciale, pieds nus, pour contempler les environs. Nous sommes au cœur du loch ! La marée basse l’a rendu accessible et nous nous délectons de cette chance. Après quelques nuages pluvieux qui parsemaient notre route, le soleil resplendit. Les jeux de miroir apparaissent, les reflets s’intensifient, notre bonheur n’en devient que plus grand. Néanmoins, pour gagner Fort William, notre nuit-étape, départ du circuit pour l’île de Skye, le départ s’impose. Même si notre impatience grandit à l’idée de rencontrer la Mère des Brumes, la beauté des lieux rencontrés sur la route nous oblige à nous arrêter plusieurs fois. Au détour d’un arbre, nous remarquons un pont dont nous pensons qu’il serait un formidable terrain de jeu. Malheureusement, si l’idée de le traverser nous réjouit, les conditions climatiques et le temps l’ont rendu inaccessible. Un peu déçus, nous filons, sous l’œil attentif des caprinés, vers Mallaig, où le ferry nous attend.

La traversée vers Armadale est rapide et houleuse. L’embarcation tangue, le vent souffle et quelques gouttes réapparaissent. Pieds à terre, nous reprenons des forces à l’aide d’un café dans un cottage typique aux dynamiques serveuses. Si le timing ne nous autorise à ne faire qu’une boucle de l’île, nous en profitons pour voir les lieux incontournables : nous croisons le Old Man of Storr, un monolithe formé par l’érosion, que nous ne pouvons observer que de loin, faute de temps. Nous montons au nord pour observer le Kilt Rock, une hallucinante cascade en ce que ses gouttes dégringolent une à une dans l’immensité de l’océan. Nous désirons alors nous enfoncer au cœur de l’île et empruntons une frêle voie slalomant entre les monts. Le relief gagne du terrain : le Quiraing, formation géologique d’origine volcanique, impose sa personnalité. Sous la pluie et pour admirer la vue, nous gravissons l’un des monts, nos pieds s’humidifiant à chaque pas tant la terre est gorgée d’eau. D’en haut, cette sensation chevaleresque réapparaît même si les éléments nous font vite reprendre conscience de notre petitesse. Les routes en contrebas deviennent lacets invisibles, les quelques voyageurs, de minuscules puces. Pour autant, nous devons cesser notre méditation contemplatrice et regagnons notre voiture, trempés jusqu’aux os.

Il est certain que nous refoulerons un jour le sol de cette île si particulière. La route du sud touche à sa fin et, grâce au Skye Bridge qui relie l’île à sa grande sœur, nous arrivons, non sans peine, à Lairg, où nous passons une courte mais nécessaire nuit, des images plein la tête. L’itinéraire du lendemain est tout aussi intense : la côte ouest nous attend. Pour s’y rendre, des routes identiques aux précédentes sont prêtes à nous accueillir sous d’abondantes précipitations, rendant le trajet incommode. En nous approchant de la côte, nous nous rendons compte que les arbres isolés possèdent de jolies sœurs de pierre. Sur les rochers se dressent de nombreuses maisonnettes qui n’attendent que de nouveaux propriétaires. En attendant, elles sont bercées par le flot des vagues, le rythme du vent et chatouillées par les embruns.

Par un miracle surprenant, une éclaircie s’invite le temps de notre pause. La plage s’offre à nous. L’eau est limpide, furieuse mais apaisante. Le vent ayant soufflé durant de nombreux mois, les planches de surf se retrouvent scellées dans le sable. Nous les secourons, frôlant leur peau de nos mains granuleuses et tel un indicible adieu, les laissons se reposer à nouveau. La route qui nous guide, cette éternelle route, avec ses perspectives, ses courbes et ses recoins, est un puissant moteur d’inspiration.

Chaque virage est l’occasion de découvrir de nouvelles sensations : les ruines des anciennes forteresses nous émeuvent tant elles sont chargées d’histoire, particulièrement celles du château d’Ardverk sur le Loch Assynt. Un bijou à l’état brut magnifié par les chaleureux rayons du soleil. Un soleil qui nous suivra jusqu’à l’est du pays, au point le plus septentrional du pays, où nous randonnons le long de falaises abruptes habitées par une multitude d’oiseaux en nidification. Sous le regard de l’imposant phare de Duncansby Head, nous profitons de l’instant pour tester nos appareils et nous amusons aussi bien avec les linaigrettes, de petites fleurs à l’apparence duveteuse, qu’avec les nombreux moutons avec lesquels nous entamons une course. Celle-ci nous amène devant d’impressionnantes pyramides de grès rouge, les Stacks, des rochers acérés dont le mysticisme est évident. Nous redescendons vers Dunnet Bay, un lieu peu grandiose mais qui offre une vue sublime sur le détroit et les Orcades en arrière-plan. La fatigue s’empare de nous, la folie aussi : nous demeurons quelques longues minutes à jouer, comme des enfants, avec nos livres sterling, les murs de pierre et les allées caillouteuses.

Le lendemain, plutôt que s’attarder chez l’Impératrice du Nord qui nous accueillera une dernière nuit avant notre départ définitif, nous préférons une nouvelle fois nous abandonner à la nature : celle-ci nous rappelle qu’elle est maîtresse et ses plus fidèles combattants, les midges, des moustiques à peine plus gros qu’une tête d’épingle, entendent bien la défendre. Ce qu’ils réussissent avec brio sans pour autant nous décourager. Un autre sentiment nous envahit plutôt : le chagrin. Le chagrin de quitter cet endroit magique. Notre itinéraire se fragmente, les pauses s’accélèrent et nous multiplions les découvertes pour ne rien rater : nous remontons les âges en visitant le Grey Cairns of Camster, nous ouvrons les yeux pour capter la silhouette de Nessie près du Loch Ness, nous dominons les marches glissantes menant aux Falls of Foyers.

Mais surtout, nous tombons amoureux du Cairngorms National Park, un massif montagneux dans lequel se développe, entre les points d’eaux, l’une des dernières forêts primaires des îles Britanniques. La frustration est à son comble ; nous aurions aimé bivouaquer sur place, autour d’un bon feu de bois, à contempler les astres d’un ciel pur et éclatant, au lieu de côtoyer à nouveau le tohu-bohu citadin. Nous épions la colline qui nous avait chaleureusement reçus quelques jours auparavant en ayant une certitude : comme le whisky, l’Ecosse est un délice de fin connaisseur, une mosaïque envoûtante de paysages à couper le souffle dont l’histoire et les légendes n’ont jamais terni la saveur.

Ce récit est une nouveauté pour nous. Mais nous avons adoré préparer cet article en collaboration avec Yann et Alexandre. Un immense merci à eux pour leur sensibilité et la beauté de leur travail. Nous espérons que vous prendrez autant de plaisir que nous à lire ce carnet de route. En ce moment, les nouveautés s’enchaînent chez Oecume. Dernière en date : Yann et Alexandre viennent de coucher sur le papier leur année d’aventures sur les terres européennes. Un livre intitulé Symphonies vient de naître. Il s’agit d’un véritable carnet de bord de leurs explorations. Un projet qui leur tenait à coeur depuis un moment.  Nous sommes impatients de l’avoir entre nos mains.

Retrouvez Oecume sur instagram et leur site internet et leur toute nouvelle chaîne Youtube. Passionnés et bosseurs, ces deux-là peuvent aller loin. C’est tout ce que Grounds leur souhaite.