On est proche de la folie et du mythe quand on évoque la Barkley. Un ultra-marathon entre la course d’orientation et l’ultra-trail. La Barkley est un grand problème aux règles très simples (mais infernales). 5 tours de 32 km à finir en 60h. (Oui vous avez bien lu … 60 heures!). Quand François D’Haene termine l’Ultra-Trail du Mont-Blanc en moins de 20 heures. On imagine la folie. Un ultra-marathon de 100 Miles soit 160 km avec un dénivelé positif et négatif de 18 000 mètres. Chaque année le parcours est revu par Lazarus Lake, le fondateur, pour le rendre encore plus complexe. La Barkley Ultra, c’est un casse-tête. Peu sont capables de le résoudre. Certains, s’y casseront les dents toute leur vie. Une histoire qui vous rend fou. Un combat permanent entre votre esprit et votre corps. À travers un film magnifique signé Alexis Berg et Aurélien Delfosse, pour l’Équipe Explore, nous revenons sur l’édition 2017 de la Barkley.

LA BARKLEY, UNE COURSE LÉGENDAIRE SORTIE DE L’ESPRIT D’UN FOU

Tout commence avec Gary « Lazarus Lake » Cantrell. Ce nom ne vous dit peut-être rien et pourtant c’est à lui que nous devons la course considérée par beaucoup comme « la plus dure du monde ». Une appellation qui nous rappelle l’ultra-marathon Badwater dans la Death Valley. Changement de décor radical. Bienvenu à Frozen Head State Park dans le Tennessee. Nous sommes bien entendus aux USA. Le pays de la démesure. De toutes les folies aussi ! Avec 30 ans d’existence, la Barkley est devenue une institution mais aussi un récit presque mythologique. Un OVNI dans l’univers du trail running. Le genre d’histoire qu’on raconte au coin d’un feu pour faire peur aux enfants. Vous voyez le genre ? Mais des chiffres veulent parfois dirent beaucoup. En 30 ans, plus de 1000 personnes ont pris le départ de cette course. Et peu d’élus. Seulement 15 « finishers » depuis sa création. Ici, on ne parle même pas de victoire. Mais une course où le mot « finisher » prend tout son sens.

« C’est humain de vouloir résoudre un problème. Et la Barkley est un grand problème à résoudre ». Lazarus Lake, fondateur de la course.

Mais comment peut-on inventer une telle épreuve ? Lazarus Lake a puisé son idée dans une évasion. Au milieu des montagnes Frozen Head se cache une prison. Une prison avec la forêt et la montagne comme « cinquième mur ». En 1977, James Earl Ray tente de s’évader. Mais après plus de 50h de cavale, l’assassin de Martin Luther King est rattrapé après avoir parcouru seulement 12km (le nul). Ce rigolo de Lazarus affirme alors qu’il aurait pu faire 100 miles à sa place. Il n’en faut pas plus. 9 ans plus tard, la première édition de la Barkley voit le jour. Une aventure vient de naître.

Frozen Head State Park dans le Tennessee, USA.

Parlons des conditions météorologiques. La plupart du temps, il ne cesse de pleuvoir pendant les 60 heures de course. Vous pouvez y ajouter le froid, le vent et surtout une nature hostile. L’homme n’est pas le bienvenue à Frozen Head. L’édition 2018 a respecté la tradition avec une pluie continue et des orages. Frozen Head, c’est tout simplement le décor parfait pour un film d’horreur. Des montagnes infranchissables remplies de ronces, de la brume et au milieu une prison à l’abandon. Vous visionnez un peu le décor ? C’est effrayant. Il faut dire qu’on ne participe pas à cette course pour le décor. La nature n’a rien de plaisant à Frozen Head. Cerise sur le gâteau, le parcours emprunte même un tunnel qui passe sous la prison.

LA BARKLEY, COURSE INSOLUBLE ET PERFORMANCE SURHUMAINE

L’aventure est un mot magique. On peut y mettre plein de notions et d’idées. Mais si on affronte la Barkley comme une « aventure », malheur à vous. Elle vous terrassera. Cette course est dangereuse. Dangereuse dans son sens le plus primaire. Il faut dire que, malgré les apparences, Lazarus Lake n’a absolument rien du Père Noël. C’est même l’inverse. Ceux qui s’attaquent à la Barkley doivent rapidement haïr cet américain à la barbe bien fournie et casquette/bonnet constamment vissée sur la tête. Son leitmotiv ? Que seulement 1% des participants puissent venir à bout de sa course. Le barbu se permet même quelques fantaisies. Comme le départ de la course qui est donné chaque année par Lazarus himself. Comment ? En allumant une cigarette. Nous sommes très loin des codes de la course à pied et des courses dites traditionnelles.

Il y a un univers qui s’est créé autours de cette course. Une course désormais mythique … et une communication bien maîtrisée par son fantasque créateur. Les détails entretiennent le mythe. On pense forcément aux livres qui jalonnent le parcours. Pour « valider » un tour, il est indispensable de déchirer une page des livres en question. Vous oubliez un livre et l’aventure s’arrête nette !

Lazarus Lake, le fondateur de la Barkley.

Cette course est un véritable enfer pour les participants. Mais ironiquement, c’est un « cadeau » que vous fait Lazarus, en vous laissant y participer. Seulement 40 participants par année et pas forcément les meilleurs traileurs de la planète. Une invitation pour participer à la Barkley ça se mérite. Même s’il faut dire que le sésame ressemble plus à un testament qu’à un dossard. Cette course ne se fait par pour la gloire. Il y a peu de chance qu’un finisher fasse la une des magazines. On fait avant tout la Barkley pour en apprendre plus sur soi-même. La Barkley c’est un psy qui vous coûte seulement 1,60$ et quelques courbatures.

« LA BARKLEY SANS PITIÉ », UN FILM TOUCHANT ET SINCÈRE

Une des solutions pour terminer cette maudite course ? S’allier. Trouver un concurrent qui deviendra un partenaire. Voici le but de beaucoup de participants de la Barkley. À deux, on n’est plus fort. Un dicton qui prend du sens sur les pentes de cette montagne caractérielle. Une fois de plus, la Barkley prouve qu’elle n’est pas une course comme une autre. Ici le physique ne peut vous sauver que sur 2/3 boucles. Ensuite, tout se joue dans la tête. La force mentale fera la différence.

Dans ce magnifique film, nous suivons Gary Robbins et John Kelly. Enfant du coin, John est devenu, en 2017, le 15ème finisher de la Barkley. Pour nous, ils reviennent sur le millésime 2017 de la Barkley. L’histoire de Gary prend un tournant nettement moins réjouissant. Ce qui lui arrive est même terrible. Après une erreur d’orientation dans le dernier tour, il se perd et termine la course avec 6 secondes de trop … 60 heures et 6 secondes. L’enfer. Mais Gary Robbins ne baisse pas les bras. Samedi 24 Mars, il était sur la ligne de départ de la Barkley. Attendant que Lazarus allume sa cigarette. Malheureusement pour lui, le millésime 2018 ne lui sourira pas davantage. D’ailleurs, cette édition ne va sourire à personne. Une fois de plus, la montagne a gagné à Frozen Head.

Ce film, réalisé par Alexis Berg et Aurélien Delfosse, pour l’Équipe Explore, est un témoignage bluffant et puissant, assorti d’une grande beauté visuelle. 20 minutes de sincérité et de vulnérabilité. Mais aussi 20 minutes de dépassement de soi et de sur-hommes. Gary et John nous explique que la « tentation » de l’abandon est omniprésente. Ils parlent même d’une « prison mentale ». C’est stupéfiant de voir à quel point un humain peut repousser sans cesse les limites de ce qu’il est capable d’encaisser. Une expérience qui n’est pas sans nous rappeler le marathon aquatique vécu par Aurélie Muller à Santa Fé. Ce ne sont pas que des courses. Ce sont des expériences de vie. La Barkley n’a pas fini d’inspirer les coureurs et les aventuriers du monde entier. Il y a quelques années, les équipes d’Intérieur Sport avait réalisé un magnifique reportage sur « Les Rescapés » de la Barkley ou encore un très beau documentaire réalisé par les équipes de France TV. Autant de films et de documentaires à voir (et revoir).

Gary Robbins, lors de l’édition 2018 de la Barkley.

LA CHARTREUSE TERMINORUM, LA BARKLEY VERSION FRANÇAISE DÉBARQUE

C’était écrit. La légende qui entoure la Barkley devait traverser l’Atlantique un jour. Désormais la France aussi à sa « Barkley ». On doit cette course folle à Benoît Laval, le patron de Raidlight. Cette ultra-traileur français a participé par deux fois à la Barkley. Il est tombé amoureux de cette ultra-marathon. À tel point qu’en rentrant en France, il a tout mis en œuvre pour créer une Barkley 100% frenchie.

C’est comme ça qu’est née la Chartreuse Terminorum. Une course totalement inhumaine qui revendique ses origines américaines. En Chartreuse, un massif entre l’Isère et la Savoie, Benoît Laval a créé un monstre. Une course titanesque de 300km, un dénivelé positif de 23 000 mètres. 5 tours de 60km chacun à boucler en moins de 80 heures. Il faut rappeler que Benoît Laval n’est pas un « finisher » de la Barkley. En fait Benoît Laval, il prend un rateau avec Charlotte Choulard de la Terminale S et le lendemain il tente Rihanna en boîte de nuit. Une tête brûlée.

Après une première édition couronnée de succès, ils seront 40 « volontaires » à s’élancer le 31 mai 2018 pour la deuxième édition. Et si jamais une course légendaire était en train de naître en France ? Croisons les doigts …